L’idée même de penser que les Africains ne peuvent pas avoir de relations gagnant-gagnant avec la France est en soi une forme d’aliénation mentale et politique. C’est accepter par avance un rapport inégal, comme si la domination était une fatalité et la dépendance une condition naturelle. Or, rien n’est plus faux.
Les nouvelles autorités sénégalaises, Ousmane Sonko en particulier, ont été très claires : il ne s’agit pas d’être anti-français, mais pro-Sénégal. Cela signifie défendre avant tout nos propres intérêts, définir nos priorités nationales et régionales, et dialoguer avec tous nos partenaires y compris la France sans complexe ni soumission.
Ce changement de posture dérange ceux qui confondent encore coopération et subordination. Pendant des décennies, une partie de nos élites a entretenu l’idée que l’Afrique devait se satisfaire d’un statut d’éternel élève, dépendant du maître, incapable de négocier à armes égales. Mais cette époque est révolue.
Il est urgent que les masses africaines grandissent, qu’elles cessent de se comporter comme des enfants qui quémandent protection ou validation. Nous ne devons plus avoir peur de dire non quand nos intérêts ne sont pas respectés, et oui lorsque des accords servent réellement nos peuples. La maturité politique commence par là : savoir choisir, sans émotion ni rancune, mais avec fermeté et lucidité.
Avoir des relations équilibrées avec la France est possible. Mais à une condition : que nous soyons capables de nous asseoir à la table des négociations avec une vision claire de nos besoins et de nos objectifs. Ce n’est pas la France qui nous “donnera” le respect ; c’est nous qui devons l’imposer par notre cohérence, notre unité et notre capacité à défendre ce qui nous appartient.
Il ne s’agit donc pas de rejeter la France par principe, ni de s’y accrocher par habitude, mais d’instaurer une nouvelle ère fondée sur la réciprocité. Car la vraie indépendance ne consiste pas à couper les ponts, mais à redéfinir la relation sur la base de l’égalité.
Les Africains doivent sortir de la logique de la peur et de l’infantilisation. Nous avons des ressources, des compétences et un potentiel qui font de nous des partenaires incontournables. À nous d’assumer cette responsabilité, sans complexe et sans excès, en rappelant à chacun que l’Afrique n’est pas un champ de tutelle mais un espace de souveraineté.
C’est cela, être pro-Afrique et pro-Sénégal : ne plus subir, mais choisir.
Maky Madiba Sylla, cinéaste et acteur culturel
