Par Babou Biram Faye
Il y a des mots qu’un ministre ne devrait jamais prononcer. Des silences qu’un homme d’État devrait préférer au vacarme des incitations dangereuses. Des responsabilités qu’un commis de la République ne saurait fuir sans trahir le serment qu’il a prêté.
Ce que vous avez dit, Monsieur le Ministre Biram Souleye Diop, devant un parterre d’étudiants à l’Université, est une insulte à la nation sénégalaise. Une provocation indigne. Une gifle à l’intelligence, à la jeunesse, à la République.
Comment un ministre, censé incarner l’autorité morale et institutionnelle de l’État, peut-il appeler à « répondre par la violence » aux critiques adressées à son leader politique ? À l’heure où notre pays a besoin de rassemblement, de sérénité, de confiance, vous vous faites l’écho d’un discours qui fracture, qui attise, qui menace.
Votre rôle n’est-il pas de nous parler de la gestion du gaz, du pétrole, des richesses que recèle notre sous-sol et qui doivent profiter à tous les Sénégalais ? Où sont les audits promis ? Où sont les éclaircissements sur les contrats pétroliers ? Où sont les plans d’investissement pour que les générations futures ne soient pas spoliées ?
Nous ne vous avons pas nommé pour faire des diatribes. Nous vous attendons sur les chiffres, sur la transparence, sur la vérité. Pas sur des appels à l’intimidation.
Dans l’espace public sénégalais, une dérive verbale inquiétante s’installe. Le débat politique se nourrit de mots violents, de termes empruntés à l’imaginaire de la guerre : « éradiquer », « nettoyer », « effacer », « résidus », « fumier », « kulunas »… Des mots qui visent des opposants, des citoyens, des frères sénégalais. Ce langage n’est pas neutre. Il prépare les violences. Il justifie les pires dérives. Il fabrique des monstres.
L’histoire nous enseigne, et le Rwanda nous l’a cruellement rappelé, que les génocides commencent par les mots. Par la déshumanisation. Par l’acceptation d’un discours de haine. Quand on traite un être humain de vermine, on prépare son élimination. Il est temps que les responsables publics sénégalais se rendent compte de la gravité de leur langage.
Heureusement, le président Bassirou Diomaye Faye, lui, fait preuve jusqu’à présent d’une retenue exemplaire. Il choisit ses mots avec soin. Il respecte les institutions, même lorsqu’il est critiqué. Mais certains de ses proches, grisés par leur pouvoir nouveau, brûlent les ponts du dialogue, enflamment les esprits, piétinent la culture du débat républicain.
Nous, citoyens, patriotes, intellectuels, militants ou simples observateurs, avons le devoir de dire non. Non à la violence politique, verbale ou physique. Non à la banalisation de la haine. Non à la décadence de la parole publique.
Monsieur le Ministre, si vous n’avez rien à nous dire sur la bonne gouvernance de nos ressources naturelles, si vous ne pouvez pas garantir que notre pétrole ne sera pas une malédiction de plus, alors taisez-vous. Car le peuple sénégalais n’a pas besoin de ministres qui excitent, mais de ministres qui éclairent. Pas de pyromanes, mais de bâtisseurs.
Le Sénégal mérite mieux que des discours incendiaires. Il mérite la paix, la décence, le respect. Et si certains ne s’en sentent pas capables, qu’ils laissent leur place.
Monsieur le Ministre, on vous a vu pleurer parlant de votre leader Ousmane Sonko.
Ce numéro lacrymal, s’il vise à séduire ou à émouvoir, trahit en réalité une profonde confusion entre loyauté militante et responsabilité républicaine. Pleurer devant des étudiants pour prouver sa fidélité à Ousmane Sonko, tout en appelant à « répondre avec force » aux critiques, n’est pas un acte de grandeur politique. C’est un signe d’égarement.
Un ministre ne doit pas se comporter comme un militant en campagne perpétuelle. Il est là pour servir la République, pas pour flatter un leader, aussi charismatique soit-il. La fonction ministérielle exige du sang-froid, de la retenue, une élévation de ton. Le peuple ne vous a pas confié les clefs du pétrole et du gaz pour vous voir verser des larmes sur l’autel d’une loyauté émotionnelle. Il attend des résultats, de la clarté, de la dignité dans l’action.
Ces larmes ne lavent ni les imprudences verbales, ni les manquements à la hauteur de la fonction. Elles ne remplacent pas les comptes-rendus attendus sur les ressources naturelles. Pire, elles détournent le regard des vraies priorités nationales.
Alors oui, Monsieur le Ministre, nous comprenons que vous aimiez votre leader. Mais aimez encore plus le Sénégal, la vérité, le devoir, et la paix civile. Car dans l’histoire, les pleureurs zélés ne laissent que des regrets… pendant que les peuples, eux, réclament de la clarté et du courage.
Mes respects….Monsieur le Ministre !!!!
BBF
