En marge du deuxième Sommet africain sur le climat (ACS2) à Addis-Abeba en Ethiopie, Teresa Ribera, vice-présidente exécutive de la Commission européenne pour une transition propre, juste et compétitive, a accordé une interview exclusive à Vert-Togo. Elle revient sur les priorités stratégiques de l’Union européenne pour accompagner l’Afrique dans sa transition énergétique, son adaptation au changement climatique et le renforcement du partenariat UA-UE à l’approche de la COP30.
Vert-Togo : Madame la vice-présidente, quelles sont, selon vous, les priorités stratégiques de l’Union européenne pour soutenir l’Afrique dans sa transition énergétique et sa lutte contre le changement climatique ?
Teresa Ribera : Pour l’Union européenne, le partenariat avec l’Afrique et l’action climatique sont des priorités absolues. C’est la raison de ma présence à Addis-Abeba pour participer à l’Africa Climate Summit 2, une étape importante sur la route de la COP30 et du prochain sommet UA-UE en Angola. Nous célébrons cette année les 25 ans du partenariat UA-UE, et il y a encore beaucoup à accomplir ensemble.
Concrètement, notre soutien repose sur trois priorités stratégiques. La première est l’accès à une énergie fiable, moderne et durable, à un coût abordable, essentiel au développement économique et social. La deuxième est l’adaptation et la résilience aux impacts du changement climatique, notamment la protection des populations vulnérables et le soutien à l’innovation locale.
Enfin, la troisième est la mobilisation de financements. L’UE, ses États membres et la Banque européenne d’investissement sont les premiers bailleurs mondiaux de financements climatiques, et nous travaillons à orienter davantage ces ressources vers des solutions africaines, qu’il s’agisse d’infrastructures vertes, de projets communautaires ou de partenariats public-privé.

Vert-Togo : Comment le partenariat UA-UE contribue-t-il concrètement à la souveraineté alimentaire, à l’adaptation au changement climatique et à la mobilisation des financements pour l’Afrique ?
Teresa Ribera : Le partenariat UA-UE agit directement sur le terrain. Par exemple, en Somalie, le programme BREACH (35 millions d’euros) renforce la résilience des communautés déplacées face aux crises alimentaires et climatiques. À Madagascar, les projets AFAFI Nord/IDAREC et DINAAMICC soutiennent les petites exploitations familiales pour diversifier les cultures et adopter des pratiques agroécologiques.
En matière de financements, l’UE et ses partenaires ont mobilisé en 2023 plus de 30 milliards de dollars de financements publics pour le climat, auxquels s’ajoutent 7,2 milliards d’euros de financements privés. Avec l’initiative Team Europe sur l’adaptation et la résilience en Afrique, lancée à la COP27, plus d’un milliard d’euros soutiennent la capacité des pays africains à faire face aux risques climatiques, notamment via le mécanisme Global Shield, l’African Risk Capacity et l’initiative onusienne « Early Warnings for All ».
Vert-Togo : À l’approche de la COP30, quelles sont les initiatives phares que l’UE souhaite mettre en avant pour renforcer la coopération avec l’Afrique et accélérer l’action climatique ?
Teresa Ribera : Dix ans après l’Accord de Paris, nous avons progressé, mais le rythme reste insuffisant. Les trajectoires actuelles nous mènent vers un réchauffement de 2,7°C, alors que les engagements pour 2030 pourraient ramener cette tendance à 2,1°C. L’ambition doit donc s’élever, et les plus grands émetteurs doivent montrer l’exemple en soumettant des contributions nationales plus ambitieuses.
L’Europe et l’Afrique, bien qu’ayant peu contribué aux émissions mondiales, sont très exposées aux effets du changement climatique. Ensemble, nous devons défendre l’intégrité de l’Accord de Paris et faire entendre une voix commune. Si nous unissons nos forces, nous serons écoutés.
Vert-Togo : Pouvez-vous nous donner des exemples concrets d’investissements du programme Global Gateway qui ont déjà produit des résultats tangibles pour les populations africaines et la protection de l’environnement ?
Teresa Ribera : L’énergie durable est l’un des piliers du Global Gateway. En Côte d’Ivoire, le projet WASUNA prévoit la réhabilitation du barrage et de la centrale hydroélectrique de Taboo (210 MW), ainsi que l’installation d’une centrale solaire et d’un système de stockage. Au Togo, nous appuyons la production d’énergie solaire et hydroélectrique à Kpalimé.
Nous soutenons aussi les mini-réseaux décentralisés, comme en Ouganda avec le projet Pro Mini Grids, financé par un don de 4,5 millions d’euros de Team Europe. Enfin, nous investissons dans la cuisson propre, avec 400 millions d’euros mobilisés, dont 150 millions de subventions directes, pour soutenir des entreprises locales comme celles appuyées par le programme CookFund en Tanzanie.
Vert-Togo : Quel rôle la Délégation de l’UE attribue-t-elle aux jeunes, aux organisations locales et à la société civile dans la mise en œuvre des politiques climatiques et énergétiques en Afrique ?
Teresa Ribera : Les jeunes et la société civile sont des partenaires incontournables. À travers le Youth Action Plan, les Youth Sounding Boards ou encore le nouvel AU-EU Youth Lab, nous favorisons leur participation active, leur donnons accès à des financements dédiés et valorisons leurs projets locaux.
Nous mobilisons aussi des instruments concrets : le Youth Empowerment Fund finance des projets communautaires, et l’initiative Investing in Young Businesses in Africa (4 milliards d’euros) encourage l’entrepreneuriat vert et la création d’emplois. Le partenariat UA-UE place la jeunesse et la société civile au centre, en investissant dans leurs compétences, leur mobilité et leurs entreprises.
Vert-Togo : Selon vous, quel rôle les médias africains peuvent-ils jouer pour sensibiliser, informer et mobiliser autour des enjeux climatiques et du partenariat UA-UE ?
Teresa Ribera : Les médias sont la clé pour informer les citoyens et protéger la démocratie. En Afrique, ils doivent porter les récits des réussites locales, raconter les projets inspirants et amplifier les voix des communautés. L’UE les soutient via des partenariats comme le programme African Union Media Fellowship, qui permet de combler le fossé entre les institutions et les citoyens.
Face à la désinformation croissante, les médias doivent s’appuyer sur les faits. L’Afrique et l’UE ne représentent ensemble qu’environ 10 % des émissions mondiales, mais partagent la volonté d’un développement juste et durable. Les journalistes ont un rôle essentiel pour mettre en avant cette coopération, les solutions locales et les perspectives d’un avenir partagé.
Interview réalisée par Hector NAMMANGUE (https://vert-togo.tg)
