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Le plus grand frein au progrès du Sénégal ne se trouve ni dans ses institutions faibles, ni dans ses ressources mal exploitées, ni même dans sa dette croissante. Il se cache dans un phénomène plus subtil, plus diffus, mais profondément enraciné : l’étiquetage émotionnel. Dans notre société, critiquer est assimilé à haïr, corriger c’est mépriser, et dire la vérité devient une agression. Ce rejet de la transparence, nourri par une hypersensibilité collective, empêche toute réforme structurelle sérieuse. Tant que cette culture émotionnelle dominera, aucune bonne gouvernance, aucun plan de développement, ni même un bon président ne pourront changer durablement le pays.

I. L’étiquetage émotionnel : une maladie sociale invisible
L’étiquetage émotionnel est ce réflexe qui pousse à interpréter toute critique comme une attaque personnelle. Au Sénégal, il suffit de pointer une faille, un dysfonctionnement, une incohérence pour être automatiquement taxé de « jaloux », « haineux », ou accusé d’avoir un « problème personnel ». Cette posture empêche tout débat rationnel. Le désaccord est vécu comme une trahison, la remise en question comme un manque de respect.
Exemple concret : un citoyen dénonce la gestion municipale de sa commune. Plutôt que de répondre avec des arguments, les partisans du maire ripostent avec des accusations : « C’est parce qu’il n’a pas eu le marché », « Il est contre notre camp », ou pire : « Il veut déstabiliser le pays ». L’émotion prend le pas sur le fond.

II. Une culture hostile à la vérité et à la transparence
Cette hypersensibilité généralisée génère un rejet instinctif de la vérité, surtout quand elle dérange. Pourtant, aucune nation ne s’est développée sans critique, sans audit, sans introspection. La culture sénégalaise, marquée par la peur de blesser, pousse à l’hypocrisie sociale : on préfère se taire que dire ce qui ne va pas. Le proverbe « ndank ndank moy japp golo ci njay » (doucement, on attrape le singe) devient une stratégie d’évitement collectif.
Ce rejet de la transparence est visible dans tous les secteurs :
• Dans la politique : un ministre incompétent n’est pas limogé pour éviter de froisser son parti.
• Dans les entreprises : l’employé incompétent reste en poste par crainte de créer une tension familiale ou communautaire.
• Dans les familles : on cache les réalités, on maquille les problèmes, on cultive le silence.
Résultat : le mensonge devient plus tolérable que la vérité, tant qu’il est bien emballé émotionnellement.

III. Sortir de l’émotion, entrer dans la maturité collective
Ce malaise profond n’est pas une fatalité. Il appelle à une maturité collective, à une révolution culturelle où le débat est désacralisé, où la critique est vue comme une opportunité, non une blessure. Le vrai amour du pays commence par l’honnêteté, pas par les applaudissements aveugles.
Il est urgent que :
• Les élites intellectuelles brisent le tabou de la critique bienveillante.
• Les leaders religieux et sociaux enseignent que dire la vérité est un acte d’amour, pas de destruction.
• L’école forme dès le plus jeune âge à l’esprit critique, à l’écoute, et à la remise en question constructive.
Ce n’est qu’à ce prix que le Sénégal pourra affronter ses défis majeurs : réforme de l’administration, lutte contre la corruption, transformation de son système éducatif, et refondation de son contrat social.

Le véritable ennemi du Sénégal n’est pas extérieur. Il est psychologique, culturel, et émotionnel. Il se cache dans cette incapacité à supporter le miroir, à écouter un reproche sans se braquer. Un peuple qui confond critique et attaque restera prisonnier de ses illusions. La maturité d’une nation se mesure à sa capacité à entendre la vérité sans fuir ni s’effondrer. Il est temps pour le Sénégal de sortir de l’enfance émotionnelle et d’entrer dans l’âge adulte du développement.

Dr Seydou Bocoum