Au Tchad, Succès Masra, ancien Premier ministre et président du parti d’opposition Les Transformateurs, a été condamné, le samedi 9 août, à vingt ans de prison ferme et doit, en outre, verser 1 milliard de francs CFA de dommages et intérêt à l’État tchadien. Après le verdict, Succès Masra a fait parvenir un message aux militants de son parti.
Succès Masra a été reconnu coupable d’avoir « diffusé des messages de nature raciste et xénophobe », condamné, dans la foulée, pour complicité de meurtre lié au conflit intercommunautaires de Mandakao. Le 14 mai dernier, 42 personnes ont trouvé la mort dans ces violences. Ses avocats dénoncent une parodie de justice, le porte-parole du gouvernement affirme, de son côté, que la justice est indépendante et appelle à respecter ses décisions.
À l’énoncé du verdict, Succès Masra a gardé le sourire et promis à ses soutiens qu’ils « se retrouveraient bientôt » et a fait parvenir un message à ses militants qui a été lu au siège de la formation.
De nombreux militants se sont rassemblés au Balcon de l’espoir – c’est comme ça que l’on surnomme le QG des Transformateurs – et il y avait des drapeaux, des chansons.
On a même entendu des pleurs ainsi que l’hymne national, avant que l’une des vice-présidentes du parti, Claudia Hoinaty, ne lise la lettre de Succès Masra, dont voici un extrait : « Je suis en prison et je vous retrouve très bientôt. Je ne suis pas loin de vous. Que Dieu vous guide dans la sagesse. »
Dans cette lettre, Masra dit qu’en son absence, le parti sera géré, de manière collégiale, autour de Bedoumra Kordjé, ancien vice-président de la Banque africaine de développement et ancien ministre de la Planification et de l’Économie du Tchad.
Les discours s’enchaînent, ponctués de références bibliques.
« Ne soyez pas triste. N’ayez pas peur des militaires qui nous entourent », lance Sitack Yombatina, l’un des vice-présidents du parti, avant d’ajouter : « En sortant du tribunal (…) on m’a dit : « vous allez régler ça entre vous, les politiques ». »
Alors est-ce une porte ouverte à un nouvel accord ou à une grâce ? Affaire à suivre.
Quel pourrait être l’impact de ce procès ?
Quelles peuvent être les conséquences politiques de cette condamnation ? Joint par RFI, Remadji Hoinathy, chercheur principal pour l’Institut d’études de sécurité (ISS) livre son analyse.
« Les conséquences politiques peuvent être de deux ordres. Le premier, ce serait donc un coup porté aux Transformateurs, en tant que formation politique, en ce sens que leur leader qui – rappelons-le – est assez charismatique et qui a été à la tête de ce mouvement, depuis sa création, est derrière les barreaux. Donc c’est un mouvement qui va se retrouver sans la présence de son leader fondamental et cela peut donc porter un coup aux Transformateurs.
« L’autre conséquence, c’est quel sera, en fait, l’impact de ce procès perçu par l’essentiel de l’opinion publique ? Sera-t-il perçu comme un procès injuste et politique ? Quel serait donc l’impact de ce procès sur la popularité de Masra Succès, même derrière les barreaux, et de son mouvement ? Est-ce que la martyrisation d’un opposant politique qui, dans une certaine mesure, avait perdu de la popularité, jouerait ici un effet inverse, c’est-à-dire va rallumer la sympathie de l’opinion publique vis-à-vis de cet opposant ? », analyse Remadji Hoinathy, chercheur principal pour l’Institut d’études de sécurité.
RFI
