Un nouveau rapport de la Banque mondiale révèle l’urgence d’agir pour l’autonomisation des jeunes filles du continent et accélérer ainsi sa transformation économique.
L’Afrique détient entre ses mains la clé de sa prospérité future : ses 145 millions d’adolescentes. Selon un rapport majeur publié par la Banque mondiale en collaboration avec le Center for Global Development et le Population Council, « chaque dollar investi dans l’autonomisation des adolescentes peut générer un impact économique plus que décuplé », pour un bénéfice net estimé à « environ 2 400 milliards de dollars » d’ici 2040.
Pourtant, le constat dressé par le rapport « Parcours vers la prospérité pour les adolescentes en Afrique » est alarmant. Actuellement, « 40% des filles âgées de 15 à 19 ans ne sont pas scolarisées et ne travaillent pas, ou sont mariées ou ont des enfants, contre 12% des garçons de la même tranche d’âge », soulignant ainsi « l’urgence d’agir. »
Les statistiques révèlent une disparité de genre criante. Tandis que « 26% des adolescentes âgées de 15 à 19 ans en Afrique ne travaillent pas et ne sont pas scolarisées, et 27% sont mariées ou ont un enfant », seulement « 9% des garçons africains du même groupe d’âge ne travaillent pas et ne sont pas scolarisées et moins de 3% sont mariés ou ont un enfant. »
L’Afrique présente par ailleurs « l’incidence la plus élevée de mariages d’enfants pour les filles au niveau mondial, une fille africaine sur trois se mariant avant l’âge de 18 ans. »
La situation est particulièrement critique en Afrique de l’Ouest et centrale, qui « abritent 7 des 10 pays où la prévalence du mariage des enfants est la plus élevée au monde. »
Cette problématique revêt une importance capitale compte tenu du potentiel démographique du continent. « Plus d’un cinquième des adolescentes du monde (âgées de 10 à 19 ans) — 145 millions — vivent en Afrique, et cette proportion devrait passer à plus d’un tiers d’ici à 2050 », selon les projections démographiques citées dans le rapport.
Le document met en évidence que 23% des 1,2 milliard d’adolescents du monde vivent en Afrique subsaharienne, faisant de cette région un enjeu crucial pour l’avenir mondial.
Un cadre conceptuel novateur pour l’autonomisation
Le rapport propose un nouveau cadre d’analyse de l’autonomisation des adolescentes, structuré autour de quatre piliers interconnectés. Les fondamentaux du capital humain constituent la base de cette approche, car « l’éducation et la santé sont les fondements de la réussite économique future des adolescentes. »
Les ressources habilitantes englobent quant à elles « les connaissances et les compétences, du capital financier, du capital physique et numérique, du capital social et du temps disponible pour les activités productives. »
La capacité de décision et d’action représente un troisième volet essentiel, car « les filles doivent pouvoir s’exprimer, se fixer des objectifs et prendre des décisions. »
Enfin, le contexte global influence tous ces éléments en englobant les situations de fragilité, les lois, les institutions, les normes sociales et les opportunités d’emploi.
Des disparités importantes entre les pays africains

L’analyse révèle des différences substantielles entre les pays africains, classés en cinq catégories distinctes selon leurs performances. Les pays « Retardataires » se distinguent comme étant « les plus efficaces pour retarder le mariage et la grossesse chez les adolescentes », tandis que les « Éducateurs » présentent « les taux de scolarisation les plus élevés chez les adolescentes. »
La catégorie des « Généralistes » regroupe les pays affichant des « niveaux modérés chez les adolescentes en ce qui concerne toutes les caractéristiques », alors que les « Travailleurs » se caractérisent par « les niveaux de travail les plus élevés chez les adolescentes. » Enfin, les « Survivants » représentent les contextes où « les niveaux de vulnérabilité des adolescentes sont les plus élevés. »
Selon les auteurs du rapport, ces catégories sont en corrélation avec la prévalence des lois relatives au genre dans chaque type de contexte, ce qui suggère à quel point le contexte juridique influence les expériences des adolescentes.
Six recommandations stratégiques pour l’action
Face à ces constats, le rapport formule une stratégie d’action articulée autour de six domaines prioritaires. L’amélioration de la santé et de l’éducation constitue le premier pilier, en réduisant les frais à la charge des familles, en élargissant l’accès et en fournissant des services adaptés aux jeunes.
La promotion de la réussite économique passe par des interventions multisectorielles éprouvées et prometteuses qui intègrent des formations techniques et les compétences nécessaires à la vie courante avec un soutien à l’emploi.
La priorisation des filles les plus vulnérables s’impose aussi en veillant à ce que personne ne soit laissé pour compte, tandis qu’une approche holistique devient nécessaire en reconnaissant le caractère multidimensionnel de l’autonomisation.
Le rapport insiste également sur l’importance de combler les lacunes en données pour éclairer des politiques et des programmes efficaces et de favoriser la collaboration en mobilisant l’appui de diverses parties prenantes pour obtenir un impact durable.
Des interventions dont l’efficacité est prouvée
Le rapport identifie plusieurs types d’interventions selon leur niveau d’efficacité prouvée. Parmi les interventions efficaces, on trouve les transferts en nature pour la scolarisation et les programmes complets d’épanouissement économique pour la réussite économique.
Les interventions prometteuses incluent les opportunités d’emploi pour les femmes et l’implication des garçons, des parents et de la communauté.
Le document accorde une attention particulière aux groupes de filles ou « espaces sûrs », qui présentent généralement trois caractéristiques essentielles : un groupe de filles, des rencontres régulières dans un lieu dédié et un mentor qui dirige le groupe.
Cependant, la recherche note que les preuves de leur impact sur les résultats des adolescentes sont mitigées, d’où la nécessité d’un examen minutieux des facteurs clés nécessaires pour garantir une mise en œuvre réussie.
Un coût d’investissement relativement modeste
Malgré l’ampleur des défis, le rapport souligne que le coût total de l’investissement dans les deux prochaines générations de filles dans tous les pays s’élève à moins de 200 milliards de dollars, soit une somme largement inférieure aux bénéfices escomptés.
Les auteurs du rapport insistent sur l’urgence de la situation. « Le dialogue que ce rapport cherche à initier ne devrait pas tourner autour de la question de savoir si les décideurs agissent pour améliorer l’autonomisation des filles. Il s’agirait plutôt de savoir comment ils peuvent le faire de manière efficace, équitable et urgente. L’inaction a un coût élevé. L’heure du changement a sonné », affirment-ils.
Le rapport appelle ainsi les décideurs politiques, les praticiens, les chercheurs, les leaders communautaires et les partenaires mondiaux à transformer cette vision en réalité, pour permettre à « chaque fille africaine de pouvoir s’épanouir. »
APA
