Le Centre pour la démocratie, l’éducation aux médias et le multilinguisme (CEDEM) a présenté le mardi 20 mai à Dakar un rapport alarmant sur la perception et les effets de la désinformation dans les pays de l’Alliance des États du Sahel (Burkina Faso, Mali, Niger). Intitulé “Agir contre la désinformation dans le Liptako-Gourma”, le document met en lumière les conséquences humaines, économiques et sociales profondes de la prolifération des fausses informations.
Selon Lassane Ouédraogo, co-auteur du rapport, la désinformation dans cette zone transfrontalière entraîne anxiété, déplacements massifs de populations et paralysie économique, tout en aggravant les conflits intercommunautaires et en alimentant la méfiance envers les médias et les institutions.
Des domaines stratégiques ciblés
Basée sur 45 entretiens menés au Burkina Faso, au Mali et au Niger, l’étude du CEDEM identifie trois secteurs particulièrement affectés : la sécurité, les relations avec les puissances étrangères, et la santé publique.
« La désinformation devient une arme dans un contexte de guerre d’influences et de tension sociale. Elle alimente les divisions, affaiblit les réponses institutionnelles et pousse les populations vers des sources non fiables », a souligné Mamadou Sy Albert, journaliste et modérateur de la rencontre.
Une presse classique affaiblie
Face à la montée des fausses informations, la confiance dans les médias dits traditionnels s’érode, avertit Mamadou Sy Albert. Il a aussi regretté que les médias sénégalais prêtent peu d’attention à ce qui se passe dans les pays voisins, préférant se concentrer sur Dakar et la politique locale. « Cela crée un vide informationnel que la désinformation vient combler », a-t-il déclaré.
Entre manipulation, frustration et nouvelles technologies
Pour Gilles Yabi, fondateur du think tank WATHI, le phénomène trouve aussi racine dans une frustration historique liée à l’héritage colonial, mais il est désormais amplifié par les technologies numériques, notamment l’intelligence artificielle et les contenus générés automatiquement.
Il alerte sur l’importance de l’esprit critique et de l’éducation aux médias, même chez les élites. « Ce n’est pas le niveau d’études qui protège de la manipulation, mais la capacité à interroger la source et la vraisemblance d’une information. »
Enfin, Alfred Bulakali, représentant de l’ONG Article 19 en Afrique de l’Ouest, a mis en garde contre les dérives autoritaires que peut engendrer la lutte contre la désinformation. Il déplore les coupures d’Internet et les restrictions à la liberté d’expression, qui, selon lui, « pénalisent tout le monde, y compris les secteurs essentiels comme la télémédecine, l’e-commerce ou l’éducation en ligne ».

