L’économiste sénégalais Moubarak Lo, également maire de Niomré (région de Louga), s’est prononcé ce dimanche sur le programme de redressement économique présenté par le président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko. Invité de l’émission « Grand Jury » sur RFM, il a salué une stratégie ambitieuse mais a souligné l’importance d’une mise en œuvre rigoureuse.
Selon lui, le document dévoilé par l’exécutif « n’est pas un plan mais un programme », inscrit dans un agenda national de transformation. Il estime que ce programme « amplifie des orientations déjà existantes » tout en fixant un objectif majeur : réduire le déficit budgétaire de 14 % à 3 % en trois ans, sans recours au Fonds monétaire international (FMI). Un objectif qu’il juge « réaliste », tout en précisant qu’il repose sur trois leviers essentiels : l’augmentation des recettes, la maîtrise des dépenses et l’accélération de la croissance.
Concernant les prévisions de croissance économique de 5,5 % en moyenne sur la période, Moubarak Lo les juge insuffisantes. « Le pays devrait viser plus haut, autour de 7 % », a-t-il affirmé, appelant à une plus grande ambition pour stimuler l’économie. Il a également salué l’effort de mobilisation des « niches fiscales inexploitées », soulignant qu’il est possible de réduire les gaspillages sans nécessairement diminuer les dépenses globales.
Interrogé sur la situation budgétaire héritée du précédent régime, l’économiste a défendu la rigueur du diagnostic établi par le nouveau gouvernement. « Trois structures – l’Inspection générale des finances, la Cour des comptes, et un cabinet privé – sont arrivées aux mêmes conclusions. C’est un travail sérieux », a-t-il insisté. Pour lui, il est temps de tirer les leçons du passé et de restaurer une gestion « de bon père de famille », en réactivant les mécanismes de contrôle tels que le Comité national de la dette.
Malgré la volonté affichée par Ousmane Sonko de s’affranchir du FMI, Moubarak Lo tempère : « On a besoin du FMI comme garant », a-t-il expliqué, rappelant que de nombreux partenaires au développement attendent l’évaluation du Fonds avant d’engager leurs investissements. Il a toutefois salué l’approche proactive du gouvernement : « Anticiper les mesures de redressement, c’est une très bonne stratégie. Cela permettra un dialogue plus fluide avec les bailleurs. »
Moubarak Lo a également évoqué l’impact des tensions politiques sur la confiance des investisseurs. « Les restrictions sur les libertés publiques peuvent nuire à l’attractivité du pays », a-t-il prévenu, plaidant pour une presse « libre mais responsable ».
Enfin, concernant le contrôle budgétaire ciblant quinze collectivités locales, majoritairement dirigées par l’opposition, il a exprimé des réserves : « La corrélation peut être troublante ». Il recommande des audits « aléatoires et fondés sur des critères clairs » afin d’éviter toute suspicion de règlement de comptes politique.
Moubarak Lo évalue à 50 % les chances de succès du programme gouvernemental. « C’est comme un élève dont on n’est pas sûr qu’il exploitera tout son potentiel », a-t-il illustré, pointant du doigt la faiblesse historique du pays dans la mise en œuvre des réformes. Pour lui, tout dépendra de la capacité du gouvernement à maintenir la discipline budgétaire et à passer des intentions aux actes.

