Les relations entre l’Afrique du Sud et Israël se sont brutalement détériorées après l’expulsion mutuelle de leurs plus hauts représentants diplomatiques respectifs. Pretoria et Tel-Aviv ont déclaré persona non grata leurs chargés d’affaires, illustrant une escalade sans précédent des tensions bilatérales.
Le ministère sud-africain des Affaires étrangères a annoncé vendredi avoir déclaré persona non grata Ariel Seidman, chargé d’affaires de l’ambassade d’Israël à Pretoria, lui donnant un délai de 72 heures pour quitter le territoire. La décision, selon les autorités sud-africaines, fait suite à « une série de violations inacceptables des normes et usages diplomatiques » constituant, selon elles, « une atteinte directe à la souveraineté de l’Afrique du Sud ».
En réaction, Israël a immédiatement pris des mesures de rétorsion, déclarant à son tour persona non grata le chargé d’affaires sud-africain à Tel-Aviv, Shaun Edward Byneveldt, sommé lui aussi de quitter le pays dans un délai de 72 heures.
Dans un communiqué, le ministère sud-africain des Affaires étrangères a précisé que les griefs reprochés au diplomate israélien incluent l’utilisation répétée des plateformes officielles israéliennes sur les réseaux sociaux pour lancer des propos jugés insultants à l’encontre du président Cyril Ramaphosa. Pretoria dénonce également le fait que certaines visites de responsables israéliens sur le sol sud-africain n’aient pas été portées à la connaissance des autorités compétentes, en violation des règles diplomatiques en vigueur.
Un message publié le 13 novembre sur le réseau social X par l’ambassade d’Israël avait notamment suscité de vives réactions. Reprenant une déclaration du président Ramaphosa selon laquelle « les politiques de boycott ne fonctionnent pas », l’ambassade avait commenté : « Un rare moment de sagesse et de lucidité diplomatique de la part du président Ramaphosa ».
Les autorités sud-africaines ont également évoqué comme élément aggravant la visite récente, sans autorisation officielle, d’une délégation israélienne dans la province de l’Eastern Cape. Cette délégation aurait proposé une assistance en matière d’eau, de soins médicaux et d’expertise agricole, après avoir été reçue par un roi traditionnel Xhosa, lui-même reçu auparavant par le président israélien Isaac Herzog.
Pour Pretoria, ces actes constituent « un abus grave des privilèges diplomatiques » et une « violation fondamentale de la Convention de Vienne », qui encadre les relations entre États.
Cette nouvelle crise s’inscrit dans un contexte de relations déjà extrêmement tendues entre les deux pays. Depuis fin 2023, l’Afrique du Sud a engagé une procédure contre Israël devant la Cour internationale de justice, l’accusant de « génocide » dans le cadre de la guerre menée à Gaza après l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023. L’ambassade sud-africaine à Tel-Aviv est d’ailleurs fermée depuis le 17 novembre 2023.
Le conflit israélo-palestinien suscite un fort écho en Afrique du Sud, où de nombreuses manifestations de soutien à la cause palestinienne ont été organisées. Pretoria est considérée comme l’un des soutiens diplomatiques les plus actifs des Palestiniens sur la scène internationale.
Dans ce climat déjà tendu, Ariel Seidman avait récemment critiqué, dans une tribune, la position sud-africaine, dénonçant le maintien de relations diplomatiques pleines avec l’Iran tout en qualifiant toute interaction avec Israël d’« illégitime ».
Parallèlement, les relations entre l’Afrique du Sud et les États-Unis, allié historique d’Israël, se sont également dégradées depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2025, la plainte sud-africaine devant la CIJ ayant contribué à accentuer les tensions.
Cette escalade diplomatique marque un nouveau palier dans la rupture entre Pretoria et Tel-Aviv, sur fond de conflit à Gaza et de repositionnements géopolitiques de plus en plus affirmés.

