Le Niger, le Mali et le Burkina Faso, membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), projettent de créer une Banque d’investissement régionale, un instrument clé pour renforcer leur autonomie financière face aux blocages institutionnels régionaux et aux contraintes du franc CFA.
Selon l’économiste Magaye Gaye, ce projet s’inscrit dans une logique d’émancipation économique, politique et stratégique. Les trois pays partagent des besoins criants en matière d’infrastructures, d’énergie, d’agriculture et d’industrialisation, mais peinent à mobiliser les financements nécessaires dans le cadre actuel.
La subordination monétaire au franc CFA, arrimé à l’euro, limite les capacités de création monétaire et d’allocation de crédit adaptées aux priorités nationales. À cela s’ajoutent des tensions avec l’UEMOA et la BCEAO, accusées de bloquer les initiatives des pays de l’AES. La création d’une banque propre devient ainsi un levier central pour négocier d’égal à égal avec de nouveaux partenaires.
Des défis à relever
Le succès de cette future institution dépendra de plusieurs facteurs :
- Stabilité politique dans un contexte de fortes pressions extérieures.
- Mobilisation effective du capital initial (500 milliards de francs CFA).
- Gouvernance crédible et professionnelle.
- Qualité des premiers projets, qui devra convaincre les marchés et les partenaires.
Pour contourner les obstacles, l’AES devra chercher des alliances financières hors du système occidental, notamment vers les BRICS, les pays du Golfe, la Chine ou la Russie.
La cohésion politique actuelle entre les trois pays constitue un atout majeur. Toutefois, cette unité devra être institutionnalisée pour garantir la continuité du projet, même en cas de changements de régime.
Le capital de départ ne suffira pas à lui seul. Il servira de levier pour attirer des fonds supplémentaires : investissements des banques commerciales locales, valorisation des ressources naturelles, ou encore émissions obligataires. Le prélèvement confédéral de 0,5 % sur les importations constitue une ressource propre stable, avec un impact marginal sur les prix à la consommation.
Le projet de banque s’inscrit dans un mouvement plus large vers une souveraineté monétaire. Même si la sortie immédiate du franc CFA n’est pas à l’ordre du jour, la création d’outils de financement autonomes prépare le terrain pour une future banque centrale de l’AES et, potentiellement, une monnaie propre.
La CEDEAO observe cette initiative avec prudence, voire inquiétude. L’AES représente 75 % du territoire de l’UEMOA et près de la moitié de sa population. Si cette dynamique se confirme, elle pourrait conduire à une reconfiguration profonde des équilibres régionaux, voire à un divorce monétaire avec les institutions actuelles.

