Un rapport du Middle East Institute for Policy and Economy souligne la montée en puissance du Maroc au Sahel, grâce à l’Initiative Atlantique et au gazoduc Nigeria-Maroc, tandis que l’Algérie s’enlise dans l’isolement diplomatique et l’échec de ses projets.
Le rapport publié par le Middle East Institute for Policy and Economy met en lumière une recomposition géopolitique majeure au Sahel. Le Maroc consolide son ancrage par des initiatives économiques et stratégiques, alors que l’Algérie, fragilisée par des revers diplomatiques et la perte de relais régionaux, voit son influence s’éroder.
La décision du Niger d’abandonner le projet gazier transsaharien, qui devait relier le Nigeria à l’Europe via l’Algérie, constitue un tournant. Le retrait du soutien de Niamey a affaibli ce projet déjà incertain et ouvert la voie au concurrent marocain : le gazoduc Nigeria-Maroc. Long de 5 600 km et conçu pour transporter jusqu’à 30 milliards de mètres cubes de gaz par an à travers quinze pays, ce corridor énergétique positionne Rabat comme acteur central de la sécurité énergétique régionale et européenne.
Au-delà de l’énergie, le Maroc a lancé en décembre 2023 l’« Initiative Atlantique », qui propose aux pays enclavés du Sahel — Niger, Mali, Burkina Faso, Tchad — un accès stratégique à l’océan via les infrastructures portuaires marocaines. La Mauritanie a déjà rejoint ce dispositif, qui confère à Rabat une image de partenaire logistique et commercial incontournable.
À l’inverse, l’Algérie accumule les revers. La destruction par son armée d’un drone malien en avril a conduit Niamey, Bamako et Ouagadougou à rappeler leurs ambassadeurs, tandis que l’Alliance Sahel a dénoncé un acte « d’agression ». Le Mali s’est parallèlement retiré du Comité d’état-major opérationnel conjoint (CEMOC), organisme sécuritaire piloté par Alger. En septembre, Bamako est allé plus loin en accusant l’Algérie de « soutien au terrorisme » devant le Conseil de sécurité des Nations unies. La fermeture de l’espace aérien malien et nigérien aux avions algériens illustre la profondeur de la rupture.
Cette perte de crédit diplomatique s’accompagne d’un recul stratégique. Le Mali a rompu en 2024 l’accord de paix signé à Alger en 2015 avec les groupes touaregs, privant l’Algérie de son rôle de médiateur historique dans la région. Malgré une tentative de resserrer ses liens avec la Mauritanie, Alger peine à rivaliser avec l’activisme du Maroc et la présence accrue d’autres puissances, telles que la Russie et la Turquie, qui fournissent drones et technologies militaires aux États du Sahel.
Selon le rapport, l’approche algérienne, centrée sur le dialogue politique, apparaît déphasée face à des régimes sahéliens qui privilégient désormais des solutions militaires. Rabat, de son côté, tire parti d’une stratégie pragmatique, articulée autour de l’intégration économique et de corridors énergétiques et maritimes, renforçant ainsi sa stature régionale.
APA
