Ces soldats africains de l’armée française, majoritairement originaires d’Afrique de l’Ouest, avaient été démobilisés après avoir combattu pour la France pendant la Seconde Guerre mondiale. De retour dans leur pays, ils réclamaient le paiement de leurs soldes et primes de démobilisation. La réponse des autorités militaires françaises fut tragique : une répression sanglante, dont le nombre exact de morts reste à ce jour controversé.

Un devoir de vérité et de mémoire
Les fouilles, conduites sous l’égide des autorités sénégalaises avec le soutien d’experts en archéologie et en anthropologie médico-légale, visent à faire la lumière sur le nombre réel de victimes, bien au-delà des versions officielles qui, longtemps, n’ont évoqué que quelques dizaines de morts. De nombreuses voix, issues d’historiens, de familles de victimes et d’organisations de la société civile, soutiennent l’hypothèse d’un massacre de bien plus grande ampleur.

Pour le gouvernement sénégalais, cette initiative s’inscrit dans une volonté de réappropriation de l’histoire nationale et de justice mémorielle. « Nous devons connaître la vérité sur ce qui s’est réellement passé à Thiaroye », avait déclaré Ousmane Sonko en février. « Il en va de notre dignité, de notre histoire, et du respect dû à ces anciens combattants. »

Une page sombre de la colonisation française
Le massacre de Thiaroye est aujourd’hui reconnu comme un acte emblématique des violences coloniales. Il symbolise la manière dont des soldats africains, ayant combattu au nom de la France, ont été trahis, humiliés et tués sur leur propre sol.

En 2014, lors d’une visite à Dakar, le président François Hollande avait reconnu une « répression sanglante », sans toutefois aller jusqu’à présenter des excuses officielles. En 2022, Emmanuel Macron avait annoncé un renforcement des politiques de mémoire autour de la colonisation, sans aboutir à des actions concrètes sur Thiaroye.

Ces fouilles pourraient relancer les discussions entre la France et le Sénégal sur la reconnaissance de cet épisode. Le Président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, comme son Premier ministre, a affiché sa volonté de reconstruire une mémoire nationale apaisée mais lucide, en abordant frontalement les injustices de la période coloniale.

Les résultats des fouilles sont attendus dans les prochains mois. Ils pourraient ouvrir la voie à des réparations symboliques ou matérielles, et à un nouveau chapitre dans les relations franco-sénégalaises.