La validation de la Stratégie nationale de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS) 2025-2027 constitue un jalon important dans la construction d’un modèle de développement inclusif et durable. Ce document trace des lignes directrices claires : promotion des coopératives, renforcement des capacités, création d’emplois décents, innovation sociale et partenariats solides. Toutefois, pour démultiplier son impact, il est indispensable de l’inscrire dans une perspective continentale, à travers la mise en place d’un cadre de normalisation intra-africain en ESS.L’ESS comme pilier de l’intégration africaineL’ESS ne peut se limiter à une dynamique nationale : elle est par essence coopérative et transfrontalière. L’Union Africaine, dans son Agenda 2063, rappelle que « l’Afrique que nous voulons » repose sur une croissance inclusive et un développement durable. Or, l’ESS, qui place l’humain au centre de l’économie, offre des réponses concrètes aux défis de l’emploi, de l’équité et de l’inclusion sociale.Comme l’affirme Muhammad Yunus, prix Nobel de la Paix et pionnier de la finance sociale :« Nous devons créer une civilisation qui valorise l’homme, pas seulement le profit. »Cette vision rejoint l’esprit des structures ESS, qui cherchent à concilier performance économique et justice sociale.Pourquoi un cadre de normalisation intra-africain ?Le secteur de l’ESS souffre encore d’un manque de visibilité, d’hétérogénéité et parfois de défiance sur les marchés financiers. Mettre en place un cadre de normalisation intra-africain permettrait :D’harmoniser les pratiques : adoption de normes communes de gouvernance, transparence et gestion.D’accroître la crédibilité : mise en place de systèmes de labellisation et de certification ESS reconnus au niveau continental.De faciliter les échanges : reconnaissance mutuelle des statuts juridiques et labels, en cohérence avec la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf).D’encourager l’innovation sociale : un cadre normatif clair stimulerait la créativité des entrepreneurs sociaux, en particulier des jeunes et des femmes.Comme le souligne l’Organisation internationale du Travail (OIT) :« Les coopératives et les entreprises sociales peuvent jouer un rôle décisif dans la création d’emplois décents et dans la construction de sociétés résilientes, à condition d’évoluer dans un environnement institutionnel et normatif favorable. » (OIT, Rapport sur le travail décent, 2022).Les jalons d’un référentiel africain ESSLa construction d’un tel cadre pourrait s’articuler autour de quatre piliers :Normes et standards : adoption d’un référentiel africain de gouvernance, de transparence et de responsabilité sociale pour les organisations ESS.Labellisation panafricaine : création d’un label « ESS Afrique » garantissant la qualité, la durabilité et l’impact social des produits et services.Partenariats régionaux : implication des communautés économiques régionales (UEMOA, CEDEAO, CEMAC, SADC, etc.) comme relais opérationnels.Forums et plateformes de suivi : organisation de rencontres annuelles et d’outils numériques pour l’évaluation et l’échange de bonnes pratiques.Le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne rappelle à juste titre que « l’Afrique doit penser son avenir dans le cadre d’une mondialité, mais en affirmant son propre modèle de développement. » Un cadre intra-africain de l’ESS serait précisément l’un de ces modèles, adapté aux réalités africaines tout en étant ouvert sur le monde.Impact attenduL’instauration d’un tel dispositif aurait un double impact :Économique : accroître la compétitivité des structures ESS sur le marché continental et international.Social : renforcer la confiance des citoyens et des investisseurs dans l’ESS, en garantissant des pratiques équitables et durables.Ainsi, l’ESS pourrait pleinement contribuer à l’ambition de la ZLECAf, non pas comme une simple zone commerciale, mais comme un espace de solidarité économique.ConclusionLa Stratégie nationale de l’ESS 2025-2027 trace la voie pour une économie plus juste et inclusive. Mais son succès dépendra aussi de sa capacité à dialoguer avec les initiatives continentales. Construire un cadre de normalisation intra-africain n’est pas seulement une exigence technique : c’est un acte politique fort, qui traduit la volonté de bâtir une Afrique solidaire, intégrée et résiliente.Comme le disait Kwame Nkrumah :« L’unité de l’Afrique n’est pas seulement un rêve, c’est une nécessité historique. »À travers l’ESS, cette unité peut devenir une réalité, en transformant l’économie au service de l’humain et de la dignité.
Alioune Cheikh Anta Sankara Ndiaye, Expert en développement international, Écrivain auteur de 115 ouvrages sur Amazon, Militant de la transformation africaine
