Ce matin, j’ai parcouru la liste du matériel scolaire exigé dans une école privée pour un élève de CP. Tenez-vous bien!Un enfant qui commence à peine à lire doit acheter dix livres :
1 Lecture 2024, 2 Langue et communication 2025, 3 Graphisme et écriture 2025, 4 Cahier d’activités LC 2021, 5 Mathématiques 2025, 6 Cahier d’activités maths 2021,7 Découverte du monde 2025, 8 Cahier d’activités DM 2023,9 Développement durable 2026, 10 Cahier d’activités DD 2024.Ces dix livrent coutent 35000! soit plus de 50 euros.Dix livres… dont plusieurs ne seront même pas utilisés pendant l’année scolaire. Et tous du même Éditeur!!!!Et les parents, déjà sous pression économique, doivent tout acheter avant la rentrée.Ce problème n’est pas isolé.Partout au Sénégal, des milliers de familles modestes vivent le même calvaire chaque rentrée.Des parents, souvent employés précaires ou travailleurs du secteur informel, doivent choisir entre payer les fournitures ou assurer les besoins essentiels de la maison. L’éducation, qui devrait être un levier d’égalité, devient alors une source d’endettement et d’exclusion silencieuse.
UNE ÉCOLE MODÈLE M’A EXPLIQUÉ AUTRE CHOSE
Plutôt que d’imposer aux familles autant de dépenses, cette école privée située a Dakar crée elle-même ses supports pédagogiques. Chaque période, l’élève apprend un son, puis forme des mots et des phrases. Les enseignants produisent leurs propres cahiers d’activités, adaptés à chaque niveau. L’école imprime les exercices et les colle dans les cahiers, ce qui évite d’écrire à la main pour chaque élève. Une petite partie des frais d’inscription sert à acheter le papier et l’encre nécessaires.
Résultat : les élèves apprennent mieux, les parents dépensent moins et les enseignants gagnent du temps.
POURQUOI PAS UN MANUEL UNIQUE NATIONAL ?
Il serait temps de réfléchir à l’instauration d’un manuel unique par niveau, conçu par des équipes nationales d’enseignants expérimentés et mis à disposition gratuitement ou à coût réduit. Ce modèle existe déjà dans plusieurs pays africains et permet d’alléger les dépenses des parents, d’assurer une homogénéité des programmes et de redonner à l’école publique sa fonction d’équité sociale. La multiplication des manuels, souvent imposés par les éditeurs privés fragilise l’école
RÉFLÉCHISSONS ENSEMBLE
Il est temps que le ministère de l’Éducation soutienne ce type d’initiatives locales.Aider les écoles, ce n’est pas leur imposer des normes coûteuses, mais valoriser celles qui innovent.Le savoir ne se mesure pas au nombre de livres, mais à la qualité de la pédagogie.Vivement que les nouvelles autorités éducatives mettent un terme à ce système qui, depuis des décennies, épuise les parents et fragilise l’égalité des chances.
Magaye Gaye, économiste international, ancien cadre de la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD)
