Par Babou Landing Diallo
Dans les rues animées de la capitale sénégalaise, derrière l’effervescence quotidienne, se cache une réalité inquiétante : la consommation croissante de drogue chez les jeunes âgés de 18 à 25 ans. Ce phénomène, longtemps tabou, touche désormais divers milieux sociaux et s’étend bien au-delà des quartiers défavorisés.
Une consommation en hausse
Selon plusieurs ONG locales et des rapports du ministère de la Santé, la consommation de drogues chez les jeunes dakarois est en hausse depuis une dizaine d’années. Si auparavant la drogue semblait cantonnée à certaines marges de la société, elle est aujourd’hui présente dans les universités, les quartiers résidentiels, les lieux de loisirs, et même chez certains jeunes professionnels.
Un sociologue de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), le professeur Ndiaye, explique :
« Les jeunes sont confrontés à un manque d’opportunités, à un chômage élevé et à une pression sociale constante. La drogue devient alors un moyen d’évasion, un faux refuge. »

Les types de drogues les plus consommés
Les substances les plus consommées par les jeunes dakarois varient en fonction de l’accessibilité et du prix :
- Le cannabis (yamba) : C’est la drogue la plus populaire et la plus accessible. Fumé souvent en groupe, il est banalisé dans de nombreux milieux jeunes.
- Le tramadol : Ce médicament détourné de son usage médical est très prisé pour ses effets euphorisants et anesthésiants. Il est bon marché et facile à se procurer sur le marché noir ou dans certaines pharmacies peu scrupuleuses.
- La cocaïne : Bien plus coûteuse, elle est présente surtout chez les jeunes issus de milieux aisés ou ceux évoluant dans certains cercles nocturnes.
- L’ecstasy et les drogues de synthèse comme le Kush : Ces substances circulent dans les boîtes de nuit et les soirées privées. Elles sont perçues comme festives, mais les effets secondaires sont dangereux et parfois irréversibles.
- L’alcool : Bien que légal, sa consommation excessive chez les jeunes est souvent le premier pas vers des comportements à risque incluant d’autres drogues.

Témoignages poignants
Alioune, 23 ans, étudiant, raconte :
« J’ai commencé par fumer du yamba avec des amis pour « faire comme tout le monde ». Ensuite, on a essayé le tramadol pour oublier les problèmes. Aujourd’hui, je lutte pour décrocher. »
Fatou, 21 ans, issue d’un quartier résidentiel, témoigne sous anonymat :
« L’ecstasy rendait les soirées plus « intenses », mais après, je tombais dans des dépressions sans fin. Mon entourage ne comprenait pas. »
Des conséquences dramatiques
Les effets de la consommation de drogue chez les jeunes sont nombreux : troubles mentaux, décrochage scolaire, perte de repères, conflits familiaux, violence, et dans certains cas, décès par overdose ou suicide.
Ce psychiatre à l’hôpital Fann, note une recrudescence des cas liés à la toxicomanie :
« De plus en plus de jeunes sont hospitalisés pour des troubles dus à la consommation de drogues, notamment le tramadol et les drogues de synthèse. Certains arrivent dans des états critiques. »

Les réponses apportées
Face à cette situation, plusieurs initiatives voient le jour : campagnes de sensibilisation, centres de réhabilitation, associations d’entraide. Cependant, les moyens sont insuffisants et la prévention reste en deçà des besoins.
Le gouvernement a récemment lancé un programme de lutte contre la drogue, combinant répression et prévention. Mais les défis restent nombreux, notamment l’implication de réseaux de trafic bien organisés et la porosité des frontières.
En définitive,la consommation de drogue chez les jeunes à Dakar n’est plus un sujet marginal. C’est un véritable problème de santé publique et de société qui nécessite une réponse collective. L’éducation, la prévention, l’écoute, mais aussi des opportunités économiques et sociales pour les jeunes, semblent être les clés d’une lutte efficace contre ce fléau silencieux.


