Un nouveau rapport de la GSMA, présenté ce vendredi 5 décembre lors du Digital Africa Summit Senegal à Dakar, montre que des réformes numériques ciblées pourraient connecter 2,6 millions de personnes supplémentaires au Sénégal d’ici 2030, élargissant ainsi l’accès à l’éducation, à la santé, à la finance, à l’agriculture et aux services publics essentiels.
Selon l’étude « Stimuler la transformation numérique de l’économie au Sénégal », le pays dispose déjà d’un socle solide. Une couverture 4G de 97 %, une couverture 5G de 39 % et 8,16 millions d’utilisateurs uniques d’internet mobile, soit 42 % de la population. Malgré ces avancées, 54 % des Sénégalais vivent dans des zones couvertes mais n’utilisent pas l’internet mobile. Un écart d’usage que la GSMA attribue principalement au coût des smartphones, au manque de compétences numériques et à l’absence d’un cadre réglementaire modernisé.
Le Sénégal a intégré le numérique au cœur de ses politiques publiques, dans la continuité de la Vision Sénégal 2050. Divers programmes structurants jalonnent cette trajectoire : Sénégal numérique 2025, le Projet d’accélération de l’économie numérique 2023-2028, Sénégal numérique 2025-2035, et plus récemment, le New Deal Technologique 2034. Ce dernier prévoit un investissement de 1 105 milliards FCFA pour atteindre 95 % de connectivité, 80 % d’utilisation des services publics numériques, créer 350 000 emplois et porter le secteur digital à 15 % du PIB.
La connectivité mobile est au cœur de cette transformation . Elle soutient le mobile money, facilite l’accès aux services de santé et d’éducation, et stimule l’inclusion financière et économique, des zones rurales aux centres urbains.
Cinq réformes prioritaires pour accélérer l’inclusion numérique
La GSMA identifie cinq leviers stratégiques pouvant maximiser l’impact des politiques publiques :
Rendre le numérique plus accessible : baisse des taxes sur les smartphones d’entrée de gamme, allégement de la fiscalité sur les données, programmes de compétences numériques.
Renforcer les infrastructures : procédures simplifiées, licences plus longues (minimum 20 ans), spectre moins coûteux et environnement d’investissement plus prévisible.
Mieux coordonner énergie et télécoms : alimentation électrique plus fiable, notamment en zones rurales.
Moderniser la réglementation : cadres de licences mis à jour, parité entre prestataires, soutien aux technologies émergentes (IA, cloud, big data).
Accélérer les services publics numériques : généralisation des paiements électroniques, e-santé, e-administration.

Des bénéfices socio-économiques majeurs d’ici 2030
Si ces réformes sont mises en œuvre, le Sénégal pourrait :
Atteindre 61 % d’adoption de l’internet mobile, soit 2,6 millions de nouveaux utilisateurs.
Réduire les disparités régionales, notamment en Casamance, à Kédougou, Louga, Kaffrine et dans d’autres zones sous-connectées.
Alléger la pression financière sur les ménages : le coût d’un smartphone d’entrée de gamme représente encore 19 % du revenu mensuel par habitant.
Soutenir les secteurs clés : agriculture, commerce, PME, services publics.
Créer 280 000 nouveaux emplois, principalement pour les jeunes.
Générer 1 100 milliards FCFA de valeur économique, soit 5 % du PIB.
Apporter 417 milliards FCFA de recettes fiscales nettes additionnelles, malgré une baisse initiale des taxes mobiles.
Étendre la couverture 4G à 99,5 %, avec une réduction de moitié des coûts d’investissement.
Intervenant lors du sommet, Angela Wamola, Directrice Afrique de la GSMA, a salué l’ambition numérique du Sénégal. « Le pays a toutes les cartes en main : une population jeune, des stratégies solides et un engagement clair envers l’innovation. Mais le coût des appareils, les lacunes en compétences et les obstacles réglementaires freinent encore des millions de personnes. Les réformes proposées peuvent transformer l’accès au numérique en impact réel sur les populations et renforcer la résilience économique du Sénégal », a souligné Madame Wamola.
Le rapport conclut que l’adoption de ces réformes permettrait au Sénégal de franchir un cap décisif dans son New Deal Technologique 2034, en élargissant la couverture, en stimulant l’innovation et en modernisant les services publics, tout en consolidant les bases d’un Sénégal pleinement engagé dans l’économie numérique mondiale.

Auteur : BLD

