Tous les pays développés ont combiné deux leviers essentiels pour leur transformation économique : la création monétaire et la fiscalité. Les Européens, les États-Unis, la Corée du Sud ou la Chine ont d’abord financé l’investissement et l’industrialisation par la monnaie ou le crédit, avant de consolider leur développement par l’impôt. Comme le rappelait Michał Kalecki, « pas de développement sans industrialisation, pas d’industrialisation sans investissement, et pas d’investissement sans création monétaire » (Kalecki, 1971). De même, Paul Krugman souligne que la croissance économique repose sur l’investissement productif et la capacité des États à financer des infrastructures et des industries stratégiques (Krugman, 1994). Croire que l’Afrique pourrait se développer uniquement par la fiscalité, comme le recommande souvent le FMI, est donc une illusion dangereuse.
L’Afrique fait face à un piège fiscal. L’économie informelle est massive, l’assiette fiscale est faible et la confiance des citoyens dans l’État reste limitée. Augmenter les impôts dans ces conditions ne crée pas de richesse : cela ne fait que prélever sur ce qui existe déjà. Comme l’a montré Douglass North dans ses travaux sur les institutions et le développement, la fiscalité ne peut jouer son rôle que si elle est accompagnée de structures institutionnelles solides et d’investissements productifs (North, 1990). Les recommandations du FMI, centrées sur la fiscalité seule, ignorent la nécessité vitale d’un financement productif pour construire l’industrialisation et les infrastructures indispensables au développement.
La création monétaire reste donc le moteur incontournable de l’investissement productif. Elle permet de financer les routes, ports, énergie, numérique et d’orienter le crédit vers l’industrialisation. Selon Lerner et Abba Lerner (1944), l’État peut stimuler la croissance en orientant la création monétaire vers les secteurs productifs, ce qui amplifie l’investissement et la création de richesses. Sans ce levier, l’Afrique reste piégée entre l’augmentation d’impôts sur une économie fragile et l’endettement extérieur, qui compromet sa souveraineté. La fiscalité seule ne suffira jamais à transformer l’économie africaine.
En conclusion, on ne réinvente pas la roue. La loi fondamentale de l’économie est claire : pas de développement sans industrialisation, pas d’industrialisation sans investissement, et pas d’investissement sans création monétaire. L’Afrique doit sortir de l’illusion que la seule réforme fiscale, soutenue par le FMI, peut lui assurer la prospérité. Comme le rappelle Joseph Stiglitz (2002), la croissance durable repose sur une combinaison de politique monétaire active, d’investissement public et d’institutions efficaces. La fiscalité est nécessaire, mais sans souveraineté monétaire et investissement productif, il n’y aura jamais de véritable développement durable.
Dr Seydou Bocoum
