Les États-Unis ont lancé ces derniers mois une vaste campagne d’expulsions, négociant des arrangements très controversés pour envoyer des migrants présents sur son sol vers des pays tiers, en Amérique latine mais aussi en Afrique.
Après le Soudan du Sud et l’Eswatini, le Rwanda devient le troisième pays du continent africain à signer un accord avec l’administration américaine visant à accueillir jusqu’à 250 migrants expulsés des États-Unis. Cet accord trouvé à Kigali en juin a été révélé ce mardi 5 août l’agence de presse britannique Reuters.
Le Rwanda a convenu cet accord « notamment parce que presque toutes les familles rwandaises ont connu les difficultés du déplacement et que nos valeurs sociétales reposent sur la réintégration et la réhabilitation », a fait valoir la porte-parole du gouvernement rwandais, Yolande Makolo.
Aucun délinquant sexuel sur mineur accepté
Le calendrier de ces expulsions n’a cependant pas été précisé, ni les nationalités des individus en question. Un responsable rwandais à indiqué à Reuters que Washington avait déjà envoyé une liste initiale de dix personnes à examiner et que son pays recevra une subvention. Il a cependant refusé de préciser le montant de cette subvention.
Les personnes approuvées bénéficieront d’une formation professionnelle, de soins de santé et d’une aide au logement pour démarrer leur vie au Rwanda, leur donnant ainsi l’opportunité de contribuer à l’une des économies à la croissance la plus rapide au monde au cours de la dernière décennie ».
Yolande Makolo, porte-parole du gouvernement rwandais.
« En vertu de cet accord, le Rwanda a la possibilité d’approuver chaque personne proposée pour la réinstallation », a ajouté Yolande Makolo. « Je fournirai plus de détails une fois que ceux-ci auront été élaborés », a-t-elle déclaré dans sa réponse écrite à l’agence de presse.
Les États-Unis et le Rwanda pourraient étendre l’accord au-delà de 250 personnes par consentement mutuel. Kigali n’acceptera que les personnes dont la peine de prison est terminée ou qui ne font l’objet d’aucune procédure pénale. Aucun délinquant sexuel sur mineur ne sera accepté. Les personnes expulsées vers le Rwanda ne sont pas tenues de rester dans le pays et peuvent partir à tout moment, précise Reuters.
Les opposants ont critiqué ces expulsions, les qualifiant de dangereuses et cruelles, car elles pourraient être envoyées vers des pays où elles pourraient être confrontées à la violence, où elles n’ont aucun lien et où elles ne parlent pas la langue.
Un accord avec le Royaume-Uni finalement annulé en 2024
Un accord du même genre avait été signé avec le Royaume-Uni, finalement annulé en 2024 par le nouveau gouvernement britannique après avoir généré d’intenses polémiques. La Cour suprême britannique avait statué que l’envoi de migrants au Rwanda dans le cadre de cet accord serait illégal car il « les exposerait à un risque réel de mauvais traitements ».
En arrivant au pouvoir en juillet 2024, le Premier ministre travailliste Keir Starmer avait estimé qu’il était « mort et enterré » avant même d’avoir commencé. Le Rwanda avait alors prévenu que l’accord controversé ne prévoyait pas la restitution des fonds déjà versés par Londres à Kigali (240 millions de livres sterling, soit 280 millions d’euros).
Ces dernières années, le Rwanda s’est positionné comme un pays de destination pour les migrants que les pays occidentaux souhaitent expulser, malgré les inquiétudes des groupes de défense des droits de l’homme qui craignent que Kigali ne respecte pas les droits humains fondamentaux.
Le Rwanda est critiqué pour son bilan en matière de droits humains et fait face ces derniers mois à une pression croissante concernant son implication dans le conflit en République démocratique du Congo (RDC). Le groupe armé M23 – qu’il soutient – a lancé une offensive éclair début 2025, lors de laquelle il s’est emparé de plusieurs villes stratégiques.
L’administration Trump a fait pression sur d’autres pays pour qu’ils accueillent des migrants. En mars, plus de 200 Vénézuéliens accusés d’appartenir à un gang ont été expulsés vers le Salvador. Ils y ont été emprisonnés jusqu’à leur libération le mois dernier, lors d’un échange de prisonniers. En juin, la Cour suprême a autorisé l’administration Trump à expulser des migrants vers des pays tiers sans leur donner la possibilité de démontrer qu’ils pourraient être lésés.
Mais la légalité de ces expulsions est contestée dans le cadre d’un procès fédéral à Boston, une affaire qui pourrait potentiellement revenir devant la Cour suprême, à tendance conservatrice.
Un groupe de huit migrants expulsés des États-Unis a déjà été pris en charge par les autorités du Soudan du Sud le mois dernier. Une seule d’entre elles était originaire de ce pays, les autres venaient de Cuba, du Laos, du Mexique, de Birmanie et du Vietnam.
Ils ont été détenus pendant des semaines dans un conteneur maritime aménagé sur une base militaire américaine à Djibouti, pendant que la bataille juridique concernant leur expulsion se poursuivait. Le Soudan du Sud, qui s’oriente vers la guerre civile, a refusé de révéler leur lieu de détention ni le sort qui leur est réservé.
En juillet, cinq personnes en situation irrégulière aux États-Unis et originaires du Vietnam, de la Jamaïque, de Cuba, du Yémen et du Laos avaient aussi été expulsés vers l’Eswatini, petit pays d’Afrique australe anciennement appelé Swaziland, l’administration Trump ayant expliqué que leurs propres pays refusaient de les accueillir. Ils sont détenus à l’isolement pour une durée indéterminée.
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