Déthié Fall, le Btp et la galère ambiante
Par Mamadou Lamine DIATTA
L’Etat du Sénégal semble étrangler son secteur privé particulièrement dans le domaine névralgique et stratégique du Bâtiment-Travaux publics (Btp). À ce jour, les pouvoirs publics traînent une ardoise de 300 milliards cfa d’impayés au titre de la dette intérieure due aux entreprises du bâtiment. Autant dire que les entrepreneurs sont particulièrement éprouvés.
Les récents propos du Ministre des infrastructures, le très volontariste Déthié Fall tenus à l’Assemblée nationale ne sont pas de nature à ramener une sérénité durable au bénéfice de tous les acteurs.
Normal de constater le courroux du Syndicat professionnel des Entrepreneurs du Bâtiment et des Travaux publics du Sénégal (Spebtps) dirigé par le sémillant Oumar Ndir.
Ce ministre des infrastructures engage sans doute une véritable course contre la montre pour montrer ses preuves et étaler ses réalisations. Surtout que l’opposition sénégalaise féroce comme jamais verse souvent dans la raillerie en affirmant tout de go que le régime-Pastef ne comptabilise que la statue de Lat-Dior érigée à Thiès comme réalisation majeure au titre du bilan matériel du magistère en cours.
De ce point de vue, on peut valablement comprendre l’empressement et l’engagement de Déthié Fall à faire le job. Pas en tirant à vue sur les entrepreneurs locaux. On ne peut pas traîner une dette aussi abyssale de 300 milliards cfa et se permettre de manquer de tact voire de respect envers le créancier. Si ce n’est pas de l’arrogance, cela y ressemble fort.
Les acteurs du BTP ont raison de faire remarquer que les manquements observés dans certains projets de l’Etat sont le plus clair du temps le fait d’opérateurs occasionnels, non répertoriés ou dépourvus des capacités techniques requises, disons de véritables tâcherons sortis de nulle part. Il serait donc injuste de faire peser sur toute une profession les fautes de quelques acteurs isolés.
Mieux ou pire (c’est selon) les entrepreneurs locaux ont dû préfinancer des marchés publics pour maintenir les équipes sur le terrain malgré des retards de paiement substantiels. Une véritable preuve de leur bonne foi et de leur patriotisme.
Le Ministre des Infrastructures devrait plutôt privilégier une approche inclusive avec les acteurs de son département. Le dirigisme n’a jamais rien réglé.
L’Etat du Sénégal est véritablement dans le dur.
Outre le Btp, les acteurs des hydrocarbures réclament pas moins de 600 milliards cfa et les services attendent 400 milliards cfa.
Le secteur privé est pratiquement à l’arrêt croulant sous le poids d’impôts et de taxes de toute sorte. Pourtant l’idée a toujours été agitée d’élargir l’assiette fiscale pour plus de contribuables et moins de pression autour des rares entreprises qui font encore de la résistance pour ne pas mettre la clé sous la porte. Mais ce sont toujours des vœux pieux d’autant que ce secteur informel qui compte au minimum pour 80% de l’activité économique échappe encore à tout contrôle fiscal. Comment laisser en rade une niche aussi importante et aussi vitale pour l’économie ?
Le pouvoir- Pastef gagnerait à instaurer l’émergence d’un véritable État-stratège capable de faire de la prospective, de l’anticipation, de la célérité dans le traitement des dossiers son bréviaire.
Or, aujourd’hui la transformation structurelle de l’économie sénégalaise n’est plus une option. C’est une urgence signalée. L’idée c’est de ne pas rater ce rendez-vous du donner et du recevoir que la zone de libre-échange continentale africaine ZLECAF projette en ligne de mire. Les entreprises sénégalaises sont appelées à accroître leur production et à se mettre aux normes afin de conquérir ce marché de 1 milliard 300 millions de consommateurs.
Autrement dit, la compétitivité sera primordiale
Pourtant l’économie sénégalaise ne manque point de champions. On les retrouve partout particulièrement dans l’agro-industrie (Sedima, Senico, NMA- Sanders etc), dans le tourisme- Hôtellerie, dans le BTP( CSE, Eiffage) et dans les services. Seulement voilà, la députée Anta Babacar Ngom a été inspirée de dire que ces Sénégalais résilients qui résistent encore pour ne pas fermer leurs entreprises ont juste besoin d’être « respectés pour ne pas être considérés comme des supplétifs qu’on paie tardivement et non des alliés stratégiques ».
In fine, il faut juste constater que l’économie sénégalaise est artificiellement maintenue en activité car en vérité les banques financent les obligations d’Etat à la place d’une économie réelle exsangue.
