Alors que la Société nationale d’électricité multiplie les déclarations alarmantes sur le vol de courant, SOS Consommateurs appelle à la vigilance et met en doute la véracité des données avancées, dénonçant une stratégie de diversion visant à dissimuler des réformes échouées.

Selon le communiqué, la Senelec avait estimé ses pertes à environ 25 milliards de FCFA en 2014, lors du lancement de sa campagne nationale contre le vol d’électricité. Ce montant représentait 9 % de son chiffre d’affaires de l’époque, avec le quartier de Grand-Médine pointé du doigt comme une “niche de vol”.

Malgré les demandes réitérées de preuves, aucun document concret n’a été présenté, affirme SOS Consommateurs, qui remet en cause la rigueur des accusations portées.

Des incohérences internes révélées

L’organisation indique avoir exploité les données internes de la Senelec sur la période 2010–2013. Résultat : 8 233 cas de fraude enregistrés, pour un montant total de 2,194 milliards FCFA, dont près de la moitié imputable à seulement cinq industriels. Des chiffres bien en deçà de ceux avancés récemment par la société d’électricité.

Ces données révèlent, selon SOS Consommateurs, une disproportion flagrante entre les accusations médiatisées et la réalité documentée.

Plus grave encore, l’organisation consumériste soupçonne la Senelec d’utiliser ces accusations de fraude comme écran de fumée pour occulter l’échec de plusieurs programmes de réforme structurelle, parmi lesquels “Soukhali”, “Takal” et “Yessal”.

Ces projets promettaient une baisse significative du coût du kilowattheure à 60–80 F CFA dès 2020, mais n’ont jamais abouti. En cause, selon le communiqué : une gestion interne coûteuse et inefficace, ainsi que des charges jugées “exorbitantes” supportées par l’entreprise.

Enfin, SOS Consommateurs alerte sur le prix de l’électricité au Sénégal, considéré comme l’un des plus élevés à l’échelle mondiale selon plusieurs rapports internationaux. Elle appelle à une restructuration en profondeur de la Senelec, dans l’intérêt des consommateurs et de la compétitivité économique du pays.

“Il est urgent de sortir de la logique accusatoire systématique et de poser un vrai diagnostic de la gouvernance du secteur”, conclut l’organisation.