Israël va autoriser à partir de ce vendredi 25 juillet les pays étrangers à larguer de l’aide humanitaire dans la bande de Gaza, rapporte la radio de l’armée israélienne en citant un responsable militaire. « Une mascarade », voilà ce que dénonce l’ONG Première Urgence Internationale, dont les équipes déployées à Gaza n’ont pas été prévenues par les autorités israéliennes de la reprise des parachutages. Le chef de l’ONU fustige le manque d’« humanité » et de « compassion » pour les Palestiniens de Gaza.
La famine progresse à Gaza. En cause : l’aide humanitaire qui n’entre pas en quantité suffisante par la route. Israël assure que ce sont les agences de l’ONU qui ne parviennent pas à assurer la distribution. C’est dans ce contexte qu’Israël s’apprêterait à autoriser à nouveau un moyen de distribution controversé, le largage de l’aide par parachutage. La Jordanie et les Émirats arabes unis pourraient reprendre les distributions par les airs.
L’an dernier, les armées américaine, jordanienne, égyptienne et française, notamment, avaient délivré des dizaines de milliers de vivres par ce moyen : des palettes surmontées d’un parachute larguées par avion, explique notre envoyée spéciale à Jérusalem, Aabla Jounaïdi.
Il s’agit d’une méthode très controversée, puisque selon les humanitaires, l’aide pourrait parfaitement être acheminée par la route si l’armée israélienne le permettait. C’est aussi une solution onéreuse qui ne répond que très partiellement aux besoins des Gazaouis. Les opérations sont aussi très dangereuses, rappelle notre correspondant à Jérusalem, Michel Paul. À plusieurs reprises, des largages ratés et des parachutes en torche ont provoqué des catastrophes au sol. Au moins 5 Palestiniens ont été tués par des palettes. D’autres se sont noyés en tentant de récupérer des colis tombés en mer.
Des premiers largages dans les prochains jours
Début mars, Israël a imposé sur la bande de Gaza un blocus total, très partiellement assoupli fin mai, entraînant de graves pénuries de nourriture, de médicaments et de carburant, et suscitant des critiques croissantes sur l’aggravation de la faim auprès de la communauté internationale.
Selon des responsables israéliens, la Jordanie devrait effectuer le premier largage, peut-être dès ce vendredi 25 juillet. Les Émirats arabes unis, ainsi que d’autres États, pourront prendre le relai dans les prochains jours. Ces distributions d’aide se feront en coordination avec l’armée israélienne, qui a confirmé la reprise de ces parachutages à l’Agence France presse, mais sans la participation de l’ONU ni des organisations humanitaires traditionnelles, tenues à l’écart de la distribution d’aide depuis deux mois.
« Une mascarade de plus »
Une mascarade, voilà ce que dénonce l’ONG Première Urgence Internationale. Ses équipes déployées à Gaza n’ont pas été prévenues par les autorités israéliennes de la reprise des parachutages. « Un largage aérien. Ce n’est pas un avion qui va se poser sur un aéroport dans lequel on va pouvoir aller ensuite récupérer la cargaison. Ce sont vraiment des avions qui vont lâcher un peu n’importe où des colis et qui vont les colis vont arriver écrasés par terre s’ils ne s’écrasent pas sur des gens », explique Elsa Softic, adjonte au directeur des opérations de Première Urgence Internationale.
Il y a des milliers de camions qui sont au point d’entrée de Gaza et qui peuvent rentrer dans Gaza par les voies normales. On ne comprend pas, en fait, cette mascarade de plus, et on la dénonce évidemment.
Le Programme alimentaire mondial (PAM), l’agence de l’ONU s’occupant de l’aide alimentaire, a alerté vendredi sur le fait qu’environ un tiers des habitants de la bande de Gaza ne mangent pas pendant des jours et que la malnutrition est en forte augmentation. « La crise alimentaire à Gaza a atteint des niveaux de désespoir sans précédent. Près d’une personne sur trois ne mange pas depuis plusieurs jours. La malnutrition est en forte augmentation, avec 90 000 femmes et enfants ayant besoin d’un traitement urgent », a indiqué le PAM dans un communiqué à l’AFP. Selon l’organisme, 470 000 personnes devraient être confrontées à « une famine catastrophique » entre mai et septembre dans le territoire palestinien assiégé par Israël.
Le chef de l’ONU fustige le manque d’« humanité » et de « compassion »
Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a fustigé vendredi le manque d’« humanité » et de « compassion » pour les Palestiniens de la bande de Gaza, qui traverse non seulement une crise humanitaire, mais aussi « une crise morale qui défie la conscience mondiale ».
Depuis le début, j’ai condamné de façon répétée les horribles attaques du Hamas du 7-Octobre. Mais rien ne peut justifier l’explosion de morts et de destruction que nous avons vue depuis. L’ampleur et la portée sont au-delà de tout ce que nous avons vu dans l’Histoire récente.
« Je ne peux pas expliquer le niveau d’indifférence et d’inaction que nous constatons chez trop de personnes dans la communauté internationale. Le manque de compassion. Le manque de vérité. Le manque d’humanité », a déclaré Antonio Guterres lors d’une intervention par vidéo lors de l’assemblée d’Amnesty International.
« Les enfants disent vouloir aller au paradis, parce qu’au moins, disent-ils, il y a à manger là-bas », a ajouté le secrétaire général. « Ce n’est pas seulement une crise humanitaire. C’est une crise morale qui défie la conscience mondiale. Nous continuerons à nous exprimer à chaque occasion. Mais les mots ne nourrissent pas les enfants qui ont faim. »
« Nous avons des appels vidéo avec nos propres humanitaires qui meurent de faim sous nos yeux », a-t-il rapporté. Il a également dénoncé la mort de « plus de 1 000 Palestiniens tués en tentant de chercher à manger » depuis le 27 mai, lorsque la Fondation humanitaire de Gaza (GHF), avec laquelle l’ONU refuse de travailler, a commencé à fonctionner.
Des distributions de plus en plus difficiles
L’ONU avait accusé mardi 22 juillet l’armée israélienne d’avoir tué plus de 1 000 personnes tentant d’obtenir de l’aide humanitaire à Gaza. Depuis plusieurs mois, c’est la Fondation Humanitaire de Gaza (GHF), une organisation dont le financement reste opaque, soutenue par Israël et les États-Unis, qui s’occupe de la distribution de l’aide dans l’enclave. Une organisation qui a été vivement critiquée par les organisations internationales comme l’ONU et accusée de « militariser l’aide humanitaire au profit d’Israël ».
Des 400 anciens points de distribution, il n’en reste que 4… Et, alors que les Gazaouis souffrent de malnutrition, leurs tentatives de se procurer de la nourriture finissent souvent en bain de sang. Jack Latour est directrice des activités des infirmières canadiennes de Médecins sans frontières et se trouve dans la bande de Gaza depuis maintenant six semaines. Elle témoigne au micro de RFI.
[Les distributions de la GHF] sont incroyablement dangereuses. Ça ne respecte aucunement les principes de distribution d’aide alimentaire.
L’USAID n’a trouvé aucune preuve du vol d’aide humanitaire à Gaza par le Hamas
C’est une accusation qu’Israël adresse depuis des années, et encore plus depuis le début de la dernière guerre à Gaza. C’est ainsi que le pays justifie le fait que la distribution d’aide doit être gérée par une entité soutenue par Israël et les États-Unis, à savoir la Gaza Humanitarian Foundation (GHF). Mais un rapport venu de l’USAID, l’Agence des États-Unis pour le développement international, vient de remettre en question pour la première fois cette version, rapporte notre envoyée spéciale à Jérusalem, Aabla Jounaïdi.
Sur 156 incidents au cours desquels des fournitures humanitaires financées par Washington ont été déclarées volées ou perdues, au moins 44 sont attribuables « directement ou indirectement » aux actions militaires israéliennes. Des groupes armés sont bien impliqués, au moins dans 35 des cas. Le reste des incidents sont attribuables à des sous-traitants de l’armée israélienne corrompus ou des personnes non identifiées.
Selon l’agence publique, aucun incident n’est lié directement à une organisation désignée terroriste par les États-Unis. C’est pourtant sous couvert de priver le Hamas de revenus qu’Israël et les États-Unis ont instauré la GHF, dont l’activité a déjà été émaillée de plus de 1 000 morts, selon l’ONU. L’absence de signalement de détournements massifs par le Hamas « ne signifie pas qu’il n’y a pas eu de détournement » pour autant, indique une source à Reuters, mais l’agence ne dispose pas pour le moment de preuves pouvant l’affirmer.
Un porte-parole du Département d’État qui abrite désormais l’USAID, a contesté ces conclusions et a accusé les organisations humanitaires traditionnelles de dissimuler la « corruption de l’aide ».
RFI
