Le ministère américain de la Justice a commencé à rendre public vendredi 19 décembre des centaines de milliers de documents sur le scandale Epstein après des mois de tergiversations de Donald Trump à ce sujet.
Le ministère de la Justice américain marche sur un fil. D’un côté, la loi l’oblige à publier les documents de l’affaire Epstein. De l’autre, elle prévoit des exceptions pour protéger l’anonymat des victimes et ne pas interférer avec des enquêtes en cours, indique Vincent Souriau, notre correspondant à Washington. Comme le révèle la chaîne CNN, les juristes du ministère caviardent depuis des semaines des milliers de pages de procédure, sans que l’on connaisse les critères précis.
Ces documents, issus de l’enquête menée par les autorités américaines sur l’influent financier et criminel sexuel new-yorkais, mort en prison en 2019, doivent aider à faire la lumière sur ses liens passés avec des personnalités de premier plan, dont le président républicain.
Alors qu’il avait fait campagne en 2024 en promettant une totale transparence, Donald Trump a rechigné pendant des mois à tenir sa promesse, finissant par qualifier l’affaire de « canular » instrumentalisé par l’opposition démocrate. Sa base « MAGA », obsédée par ce scandale, s’était insurgée quand le ministère de la Justice avait annoncé à l’été n’avoir découvert aucun élément nouveau justifiant la publication de documents supplémentaires ou de nouvelles poursuites.
Après des mois de révolte, le président américain a dû céder à la pression du Congrès, y compris d’élus républicains, promulguant en novembre une loi imposant à son gouvernement de publier l’intégralité des documents non classifiés en sa possession, précise l’AFP.
Le numéro deux du ministère de la Justice, Todd Blanche, a déclaré vendredi qu’une première portion du dossier, avec des centaines de milliers de documents, allait être publiée vendredi et des éléments supplémentaires « dans les prochaines semaines ».
« Passé peu reluisant »
Cette publication par étapes a suscité la colère du chef des sénateurs démocrates Chuck Schumer, qui a rappelé que la loi imposait au gouvernement de publier « TOUS les documents » vendredi. « Ce n’est rien d’autre qu’une opération de camouflage pour protéger Donald Trump de son passé peu reluisant », a-t-il tonné, accusant le gouvernement de « tout faire pour cacher la vérité ».
Un temps proche du financier avec qui il évoluait dans les mêmes cercles, Donald Trump a toujours démenti avoir eu connaissance de son comportement criminel et assure avoir rompu avec lui bien avant qu’il ne soit inquiété par la justice.
Figure de la jet-set new-yorkaise, Jeffrey Epstein est accusé d’avoir exploité sexuellement plus de mille jeunes femmes, dont des mineures. Cette affaire, révélée en 2019, a éclaboussé plusieurs célébrités dont il était proche, dont Andrew, le frère du roi Charles III.
La mort du financier en prison la même année avant son jugement a alimenté d’innombrables théories du complot selon lesquelles il aurait été assassiné pour l’empêcher d’impliquer des élites qui auraient bénéficié de ses crimes. Son décès avait été classé comme un suicide par les autorités.
L’ancienne compagne de Jeffrey Epstein, Ghislaine Maxwell, qui purge une peine de vingt ans de prison, est la seule personne à avoir été condamnée dans l’affaire. Todd Blanche, numéro deux du ministère de la Justice, a prévenu vendredi qu’il ne fallait pas s’attendre à de nouvelles inculpations. Les documents pourraient néanmoins embarrasser des personnalités du monde des affaires, de la politique ou du spectacle qui gravitaient dans l’orbite du financier.
RFI
