Le président américain Donald Trump a promis lundi 7 juillet une surtaxe douanière d’au moins 25% à plusieurs pays, dont le Japon et la Corée du Sud, deux alliés asiatiques clés. Pour Washington, il s’agit d’inciter ses autres partenaires à signer des accords commerciaux au plus vite.
Donald Trump l’avait annoncé sur son réseau social Truth Social. Lundi 7 juillet, le président des États-Unis a envoyé des lettres à plusieurs pays (entre 10 et 15) mentionnant les nouvelles taxes qui seront imposées à partir du 1er août à leurs produits quand ils entrent aux États-Unis si aucun accord n’est signé avant cette date. Le président américain n’a pas fait dans la demi-mesure.
S’il met ses menaces à exécution, le Japon et la Corée du Sud, partenaires historiques de Washington, mais aussi le Kazakhstan et la Malaisie seront frappés de 25 % de droits de douane, contre un taux de 24 % annoncé en avril. La surtaxe sera plus lourde pour l’Afrique du Sud (30 %) mais surtout pour le Laos et la Birmanie (40 % tous les deux).
Le président américain met ainsi un terme à la trêve annoncée début avril durant laquelle les droits de douane sont retombés à 10 %, le temps de négocier. Sur les 90 accords en 90 jours voulus par le président américain, seuls deux ont été signés – avec le Royaume-Uni et Vietnam – en plus d’un accord de principe avec la Chine. Trop peu pour Donald Trump pour qui il importe désormais d’accélérer.
Dans la ligne de mire de Donald Trump
Depuis plusieurs jours, la Corée et le Japon étaient dans sa ligne de mire. Le 1er juillet, Donald Trump étrillait déjà Tokyo alors qu’il voyageait à bord de son avion présidentiel Air Force One : « Eux et d’autres sont tellement gâtés après nous avoir arnaqués pendant 30, 40 ans qu’il leur est vraiment difficile de conclure un accord. »
Le président américain accusait notamment le pays de ne pas acheter « une seule » voiture américaine ou le riz produit aux États-Unis, alors que le Japon fait justement face à une crise d’approvisionnement de cette denrée. Le pays est pourtant le deuxième plus gros importateur de riz américain chaque année, selon les chiffres de la Banque Mondiale.
Le négociateur commercial du Japon, Ryosei Akazawa, avait répondu qu’il ne céderait pas sur ce point. « J’ai répété à maintes reprises que l’agriculture est le fondement de la nation. Nous ne nous engagerons pas dans des discussions qui la sacrifieraient ».
Donald Trump a finalement aussi choisi de sacrifier son allié coréen. Le président Lee Jae Myung s’était lui-même dit dubitatif sur la possibilité de s’entendre avec les Américains qui avaient déjà annoncé en avril 25 % de droits de douane pour son pays. C’est notamment le secteur technologique, incarné par le groupe Samsung, qui se trouve pénalisé.
Pour tous les autres partenaires de Washington, la pression est naturellement encore montée d’un cran. Arriveront-ils à signer un accord commercial avec les États-Unis avant que Trump ne les sanctionne ?
La tâche est loin d’être aisée. Après avoir passé toute la semaine dernière à négocier, le commissaire de l’Union européenne au Commerce Maroš Šefčovič est reparti bredouille de Washington. De son côté, l’Indonésie a tenté une opération de séduction en annonçant le 4 juillet investir 34 milliards de dollars (28,8 milliards d’euros) aux États-Unis pour éviter le tarif douanier prohibitif de 32 % qui lui était promis début avril.
Pour tous les pays, il s’agit de trouver le bon équilibre entre preuve de bonne volonté à l’égard de Donald Trump, l’autoproclamé roi du deal, et la nécessaire protection de leurs secteurs stratégiques.
L’UE veut toujours un accord de principe avant mercredi
L’UE n’a par exemple toujours pas conclu d’accord commercial avec les États-Unis, par ce qu’elle s’inquiète par exemple pour son industrie métallurgique. Les droits de douane de 50 % imposés à l’acier et l’aluminium inquiètent autant la Commission européenne que les groupes privés. Au-delà de l’accès au marché américain pour les produits de l’UE, c’est la redirection de la production autrefois destinée aux États-Unis qui inquiète.
Axel Eggert, directeur général de l’Association européenne de l’acier, affirmait en juin que l’UE pourrait être étouffée par un afflux d’acier étranger bon marché en raison des droits de douane américains. « Sans action rapide, nous ne serons pas seulement submergés, nous nous noierons. »
L’Union souhaite aussi réduire les 20 % annoncés sur ses autres exportations phares, notamment les produits pharmaceutiques, l’automobile, la construction aéronautique, ainsi que les vins et spiritueux.
Dans son briefing du 7 juillet, le porte-parole de la Commission européenne pour le commerce Olof Gill a déclaré « Nous sommes pleinement préparés à obtenir un accord de principe d’ici mercredi. Et nous mettons tout en œuvre pour y parvenir. »
Si aucune avancée concrète n’a été évoquée pour l’instant, les diplomates de l’UE restent optimistes : Maroš Šefčovič a remercié Washington pour une « semaine de travail productive » sur X, alors qu’Ursula von der Leyen a dit avoir un appel de bon augure avec Donald Trump ce dimanche.
L’Inde inquiète pour ses agriculteurs
En Inde, le président Narendra Modi espère lui aussi encore échapper aux 36 % de droits de douane promis par Donald Trump avant la pause du 9 avril. Le pays serait proche d’un accord depuis plusieurs semaines, mais New Delhi a peur de porter un coup dur à ses agriculteurs en cédant aux demandes américaines.
D’après le gouvernement indien, 40 % de la main-d’œuvre du pays travaille dans le secteur agricole. Il y aurait 80 millions de producteurs de produits laitiers. Autant d’électeurs potentiels que le gouvernement ne veut pas perdre.
Selon un ancien secrétaire des unions laitières interviewé par Outlook Business, le pays à majorité hindoue craint aussi que le lait américain soit produit par des vaches maltraitées ou nourries avec des rations contenant des résidus de produits bovins.
De son côté, Taïwan jouait encore au mois de mai l’apaisement : le président Lai Ching-te assurait que les désagréments entre les deux pays – 32 % de droits de douane annoncés – ne sont que des « frictions entre amis ». Menacée par la Chine, qui ne reconnaît pas son indépendance et souhaite l’annexer, l’île a absolument besoin de la protection militaire américaine.
Mêmes craintes au Brésil, déjà très pénalisé par les taxes sur l’acier et l’aluminium, où l’immense secteur agricole actuellement pénalisé à hauteur de 10 %, emploie 28 millions de personnes.
Le Brésil qui, au même titre que les autres membres des Brics, dont le sommet se tient actuellement à Rio, ont été d’ailleurs directement menacés par Donald Trump, qui leur a promis 10 % de taxes supplémentaires, s’ils adoptaient des mesures non alignées avec les intérêts américains.
Pékin a immédiatement réagi en affirmant que le bloc ne cherchait pas la confrontation au sujet des droits de douane. « La Chine a toujours affirmé sa position selon laquelle les guerres commerciales et tarifaires ne font pas de gagnants et que le protectionnisme ne permet pas d’avancer », a déclaré Mao Ning, porte-parole du ministère des Affaires étrangères.
Source : RFI
