Les adeptes de la pensée magique s’imaginent qu’il suffit de vouloir quelque chose pour qu’elle advienne. Cette tendance très courante de nos jours dans les réseaux sociaux est le fruit de la transformation de notre rapport au réel. Les nouvelles technologies ne sont pas étrangères à ce phénomène. Elles introduisent de nouvelles ruptures dans la connaissance du monde. L’esprit de finesse est remplacé dans les débats publics par l’esprit de géométrie. Des débateurs carrés et souvent à l’esprit obtus croient pouvoir changer le monde et le réel à coup de posts et de certitudes. La culture du zapping et de la superficialité à remplacé la connaissance profonde des choses. Nous prétendons épuiser la compréhension du monde en 120 caractères la où il fallait des ouvrages entiers et toute une vie à user. La société de consommation embrasse désormais toutes choses y compris le domaine de la pensée. Le prêt à penser comme le prêt à porter sont désormais des produits de consommation comme les autres. Les raccourcis et les émotions font oublier les processus complexes qui sous-tendent les réalités multiples qui s’offrent à nous.

Autrefois, lire était un acte lent et profond. On « lisait crayon à la main », on soulignait, on annotait, on réfléchissait. Le lecteur dialoguait avec le texte, il construisait un savoir intérieur. Aujourd’hui, sur les réseaux, la lecture devient survol : on « scrolle », on « like », on « partage ». L’information circule, mais la connaissance s’efface. Nous croyons savoir parce que l’information est disponible, mais nous confondons l’accès au savoir et la possession du savoir.