Il est un peu plus de 18h30 ce samedi lorsque les premières gouttes commencent à tomber sur Kaolack. En quelques minutes, le ciel s’assombrit, puis lâche des trombes d’eau continues jusqu’à 22h20. Résultat : des quartiers entiers submergés, des routes impraticables, des maisons inondées, et des familles désespérées.
De Ngane à Médina Mbaba, en passant par Kassaville, Passoire, Dialagne et Léona, rares sont les zones épargnées. Dans ces quartiers, les habitants pataugent, certains avec de l’eau jusqu’aux genoux dans leur salon, d’autres tentant de sauver ce qu’ils peuvent de leurs biens.
« On est fatigués… Chaque année, c’est la même chose »
À Kassaville, Aïssatou Diouf, la cinquantaine, tente d’évacuer l’eau stagnante de sa cour avec un seau. « Mon lit est trempé, mes matelas sont fichus. Je ne sais même pas où mes enfants vont dormir cette nuit », confie-t-elle, la voix brisée.
Quelques rues plus loin, à Dialagne, des jeunes hommes s’activent à créer des rigoles de fortune à l’aide de pelles et de planches pour diriger l’eau vers la chaussée. « On se débrouille comme on peut. L’État a promis des canalisations, mais où sont-elles ? », s’indigne Mamadou, un habitant du quartier.
Les populations pointent du doigt l’inefficacité des travaux d’assainissement réalisés ces dernières années. À grands renforts de budgets et d’annonces officielles, plusieurs projets ont été lancés pour résoudre le problème chronique des inondations à Kaolack. Mais pour beaucoup, les résultats ne sont pas au rendez-vous.
« À quoi ont servi les milliards injectés dans l’assainissement ? », s’interroge Alassane Ndiaye, un commerçant de Léona dont la boutique a été inondée pour la troisième fois en deux mois. « Ce n’est plus une pluie, c’est une malédiction. »

Des urgences sanitaires et humanitaires à gérer
Au-delà des dégâts matériels, les risques sanitaires sont bien présents : stagnation des eaux, prolifération de moustiques, entre autres. Plusieurs familles rapportent déjà des cas de diarrhée et d’irritations cutanées chez les enfants.
Certaines habitations devenues inhabitables obligent les familles à chercher refuge chez des proches ou à passer la nuit à l’air libre. Les autorités locales, jusqu’à tard dans la nuit du samedi au dimanche, n’avaient pas encore déployé d’aide d’urgence.
Alors que les inondations deviennent de plus en plus fréquentes avec les effets du changement climatique, les populations de Kaolack réclament plus qu’un simple curage de caniveaux ou une visite symbolique des officiels. Elles appellent à un plan de résilience structurelle, pensé à long terme, incluant des solutions adaptées à la réalité du terrain.
« On ne veut pas juste des sacs de riz ou des bottes après chaque pluie. On veut vivre dignement, au sec, chez nous », résume Aïssatou Diouf, trempée, mais déterminée.

Correspondance de B. Touré, depuis Kaolack

