Plusieurs Afro-Américains ont appelé au boycott de commerces tenus par des Africains, sur TikTok, à partir du vendredi 1er août. Le mouvement, jugé xénophobe par de nombreux internautes, révèle des tensions prégnantes au sein des communautés noires aux États-Unis.
Aux États-Unis, un appel au boycott des commerces africains a été lancé… par des Afro-Américains. Le mouvement xénophobe enflamme TikTok depuis la publication d’une vidéo la tiktokeuse Shea’s Shelf, il y a une dizaine de jours.
« Il est temps de boycotter les salons de coiffure spécialisés dans les tresses. Arrêtons d’y aller. Nous savons comment faire des tresses. Coiffons-nous nous-mêmes. Soutenons nos petites entreprises locales », appelle-t-elle.
Dans sa vidéo, l’influenceuse dénonce le traitement réservé aux Afro-Américaines au sein des salons de coiffure tenus par des Africaines qui ne sont pas nées aux États-Unis. Sans apporter de preuves tangibles, elle affirme que ces dernières manquent de respect à leurs clientes étatsuniennes.
Son discours a pris de l’ampleur sur les réseaux sociaux, où de plus en plus d’Afro-Américains appellent à un boycott national des commerces africains à partir du vendredi 1er août et jusqu’à la fin du mois.
Le malaise éclate après le festival Essence, organisé chaque année à La Nouvelle-Orléans aux États-Unis. Ce rendez-vous est considéré comme une célébration forte de l’identité noire américaine. Cette année, certains festivaliers ont regretté une édition « africanisée » et dominée par la diaspora africaine. Sur les réseaux sociaux, le débat est lancé et dérive vite vers les initiatives et commerces africains.
La tiktokeuse @Ray.bandz4, qui appelle également au boycott, déclare dans une vidéo face-caméra que les Africains vivant aux États-Unis ne comprennent pas l’identité Afro-Américaine. D’autres utilisateurs disent qu’ils réclament le respect des immigrés noirs pour tous les combats et les sacrifices des Afro-Américains.
Dans sa vidéo virale, Shea’s Shelf assure aussi : « Je pense qu’il est temps pour nous de montrer la force et la puissance du dollar noir américain, car ils ne nous croient pas. » Le mouvement d’appel au boycott encourage les Afro-Américains à préférer aux commerces africains des établissements gérés par des américains noirs.
Le terme d » »argent noir américain » fait référence au lexique du nationalisme noir. Mais celui-ci s’opposait alors à la domination blanche. Dans l’histoire des luttes Afro-Américaines, le boycott vise traditionnellement des commerces blancs et des institutions perçues comme racistes ou perpétuant l’oppression systémique blanche. Il sert, entre autres, à renforcer l’autodétermination économique des communautés noires.
Aux États-Unis, le « Buy black » ou « Acheter noir » est devenu un outil de lutte, une manière d’assurer la prospérité Afro-Américaine. Le mouvement consiste à acheter des produits et des services exclusivement issus de la communauté noire. Il prend de l’importance, il y a quelques années, après les bavures policières survenues aux États-Unis à l’encontre de personnes noires.
L’appel au boycott des commerces africains a suscité un élan d’indignation sur les réseaux sociaux. Plusieurs utilisateurs dénoncent le caractère xénophobe de la démarche. Sur X, @Chudé poste : « Qu’ont fait les Africains d’Amérique pour mériter cela ? Nos ancêtres se retourneraient dans leur tombe ! »
Même son de cloche chez la tiktokeuse @mercurialluvr qui déclare qu’elle n’a pas l’intention de boycotter l’ensemble des entreprises africaines sur la base de la mauvaise expérience d’une femme victime d’un mauvais service client de la part d’une personne qui se trouve être africaine.
Certains commerçants africains ont, eux aussi, dénoncé l’impact économique que cette campagne de boycott pourrait avoir sur leurs petites entreprises.
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