Le Burkina Faso a entamé une réorganisation de son découpage administratif. Lors du Conseil des ministres tenu le mercredi 2 juillet 2025 sous la présidence du capitaine Ibrahim Traoré, deux décrets redéfinissant la carte administrative du pays et l’ancrage identitaire du territoire burkinabè ont été adoptés.

Au pays des « Hommes intègres », le nombre de régions passe de treize à dix-sept et celui des provinces de quarante-cinq à quarante-sept. Au cœur de ces réformes, une volonté affirmée des autorités burkinabè d’adapter la gouvernance aux réalités sécuritaires du territoire tout en promouvant les identités culturelles à travers une dénomination renouvelée en langues nationales des régions, indique le communiqué du conseil des ministres consulté par Ouestaf News.

Selon le ministre d’État chargé de l’Administration territoriale, Émile Zerbo, le gouvernement burkinabè estime que « la crise sécuritaire a révélé les faiblesses de l’actuel dispositif organisationnel du territoire ». D’où l’importance stratégique de ce nouveau découpage.

Depuis près d’une décennie, le pays est confronté à une crise sécuritaire liée à la menace terroriste. Selon le dernier rapport sur l’Indice mondial du terrorisme de l’Institut pour l’économie et la paix (IEP), le Burkina Faso est devenu l’épicentre du terrorisme mondial depuis 2023. Dans ce contexte, il est apparu nécessaire pour le gouvernement « de procéder à une réorganisation des circonscriptions administratives pour (…) opérer un meilleur maillage sécuritaire du territoire ».

Rapprocher l’administration des citoyens est l’un des objectifs visés. Ainsi, les anciennes régions du Sahel, de l’Est et de la Boucle du Mouhoun ont été entièrement refondues. À elles seules, ces trois entités couvraient 43 % du territoire national. 

La réforme prévoit la création de quatre nouvelles régions administratives : le Soum (dont le chef-lieu est Djibo), la Sirba (Bogandé), la Tapoa (Diapaga) et le Sourou (Tougan).

Deux nouvelles provinces voient le jour : Dyamongou avec Kantchari comme chef-lieu, et Karo-Peli dont Arbinda est le centre administratif.

Au-delà du redécoupage territorial, le gouvernement a également décidé d’ancrer plus fermement l’identité nationale dans l’appellation des entités administratives. Un décret distinct a été adopté pour attribuer aux régions et à certaines provinces des noms en langues nationales différents de l’héritage colonial ou administratif antérieur.

En s’inspirant des « valeurs socioculturelles et des réalités géographiques et historiques du pays », les autorités vont changer tous les noms régionaux dans cette perspective, pour mieux refléter les réalités socioculturelles du pays, indiquent-elles.

Entre autres, la région du Centre devient officiellement le Kadiogo, tandis que celles de l’Est et du Sahel sont désormais appelées respectivement Goulmou, Sirba, Tapoa, Liptako et Soum, selon leur nouvelle configuration.

Ce changement de nom s’applique aussi aux provinces. Le Sanmatenga devient Sandbondtenga, l’Oubritenga s’appelle désormais Bassitenga, le Soum se mue en Djelgodji, et la Kossi est renommée Kossin. Le gouvernement espère que ces changements vont permettre de valoriser les cultures locales et de renforcer le sentiment d’appartenance des populations à leur territoire.

Pour garantir une transition en douceur, le gouvernement a prévu une phase de six mois avant l’entrée en vigueur complète de cette nouvelle organisation administrative. Cette période de mise en œuvre doit permettre l’adaptation des administrations déconcentrées, la révision des textes juridiques, la réorganisation des services locaux et une campagne de sensibilisation des populations.

Cette réforme marque un tournant dans la gestion du territoire burkinabè. Elle s’inscrit dans la volonté affichée du président Ibrahim Traoré de renforcer la souveraineté nationale. Il pose ainsi un acte politique et symbolique fort, dans un contexte où le pays cherche à reprendre le contrôle de zones aux mains de groupes armés alors que d’autres restent sous leur menace.

Toutefois, l’efficacité de cette réforme majeure dépendra de sa mise en œuvre effective, de l’adhésion des populations et de la capacité de l’État à accompagner les nouvelles entités administratives avec les moyens nécessaires. Mais pour le moment, la question est de savoir si ce redécoupage peut permettre au Burkina Faso de mieux administrer son territoire.

Source : Ouestafnews