À la fin de l’année 2024, le Groupe La Poste du Sénégal affiche un gouffre de plus de 100 milliards de francs CFA de pertes cumulées et des capitaux propres négatifs de 156 milliards.
Pour sauver l’opérateur historique de la faillite, un besoin urgent de recapitalisation de 163 milliards de francs CFA a été annoncé hier à Dakar par le Directeur général du groupe, Maguette Kane.
Cette situation alarmante a réuni hier, au Building administratif Mamadou Dia, l’ensemble des acteurs du secteur (ARTP, SENUM SA, fintechs, opérateurs privés et associations de consommateurs) à l’occasion de la Journée mondiale de la Poste 2026.
L’objectif, c’est de repenser de fond en comble un modèle économique totalement dépassé par le numérique et le commerce électronique.
« Tout change sauf La Poste »
Présidant la rencontre, le ministre des Télécommunications et du Numérique, Samba Diouf, n’a pas mâché ses mots face à ce qu’il qualifie d’inertie de la société publique. « Si on regarde ce qui se passe au niveau de notre écosystème, tout change sauf La Poste », a-t-il martelé. Le ministre a notamment déploré que les entreprises préfèrent aujourd’hui l’agilité des livreurs à moto (les « thiak-thiak ») plutôt que les services de l’opérateur national.
Rappelant que l’État est l’actionnaire unique, Samba Diouf a exigé une transformation profonde et une responsabilité partagée entre le conseil d’administration, la direction et les agents, fustigeant la persistance des mêmes crises malgré les changements successifs de directeurs.
Entre 2012 et 2021, la crise s’est enracinée avec une explosion de 60 % des effectifs de La Poste, passés de 2 600 à plus de 4 100 agents, alors même que son chiffre d’affaires s’effondrait de 26 %, a-t-il révélé.
Pour redresser la barre, un plan de restructuration est en cours. Le directeur général, Maguette Kane, a confirmé le départ effectif de 290 agents dans le cadre d’un dispositif de départs négociés. Cette déflation vise à assainir la masse salariale mais aussi à réorienter les compétences vers la logistique moderne, le e-commerce et les services financiers digitaux.
Les détails du sauvetage à 163 milliards
L’injection de capital réclamée à l’État pour restaurer la solvabilité du groupe se ventile précisément entre ses différentes entités. La majeure partie de cette enveloppe, soit 146 milliards de francs CFA, sera directement allouée à la Société nationale La Poste afin d’éponger la dérive de son cœur de métier. De son côté, la filiale bancaire POSTEFINANCES bénéficiera d’un apport de 14 milliards de francs CFA pour stabiliser ses comptes. Enfin, les 3 milliards de francs CFA restants viendront recapitaliser EMS Sénégal, l’entité spécialisée dans le courrier express
Le top management a prévenu : cette recapitalisation massive sera inutile si elle ne s’accompagne pas de réformes structurelles immédiates pour empêcher La Poste de replonger dans les travers déficitaires des douze dernières années.
