Les déclarations du ministre malien des Affaires étrangères au Lomé Peace and Security Forum ont suscité un large débat au Mali. Ses propos évoquant le premier président du pays, Modibo Keïta, ont provoqué une vague de réactions, avant qu’il ne publie un message de clarification pour apaiser la controverse.
Lors d’une intervention à Lomé aux côtés de ses homologues burkinabè et nigérien, Abdoulaye Diop a cité l’exemple de Modibo Keïta pour illustrer les défis du leadership africain à l’époque des indépendances. Selon des extraits largement relayés sur les réseaux sociaux, le ministre a déclaré que « Modibo Keïta était un instituteur » et qu’il « n’avait pas été préparé à diriger un pays », avant d’ajouter que les dirigeants actuels disposaient d’expériences et de compétences différentes. Ces propos ont rapidement été interprétés par une partie de l’opinion publique comme une dévalorisation de la figure du premier chef d’État du Mali indépendant.
En quelques heures, le débat s’est amplifié sur les réseaux sociaux maliens. Plusieurs internautes, personnalités politiques et associations de défense de la mémoire de Modibo Keïta ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme une atteinte à l’héritage du père de la nation. Des voix se sont élevées appelant au respect de sa mémoire et rappelant son rôle déterminant dans l’accession du Mali à l’indépendance le 22 septembre 1960.
Les réactions se sont multipliées au-delà des cercles politiques. Des historiens et enseignants ont rappelé que Modibo Keïta, bien qu’issu de la profession d’instituteur, avait occupé plusieurs postes politiques majeurs avant 1960, notamment celui de député à l’Assemblée nationale française, de secrétaire d’État dans un gouvernement de la IVe République et de chef du gouvernement de la Fédération du Mali. Selon eux, ces éléments de parcours contredisent l’idée qu’il n’aurait pas été préparé à diriger le pays.
Face à la polémique croissante, Abdoulaye Diop a publié une mise au point sur ses comptes officiels. Dans ce message, il affirme son « profond respect » pour Modibo Keïta, qu’il qualifie de « figure emblématique de notre indépendance et modèle d’intégrité, d’engagement patriotique et de clairvoyance ».
Il précise que son intention n’était « nullement de diminuer son héritage », mais de « magnifier le modèle de réussite qu’il incarne dans le contexte des défis contemporains du leadership africain ». Le ministre conclut en soulignant que Modibo Keïta demeure pour lui « une source d’inspiration constante dans la défense de la souveraineté et de la dignité du Mali ».
La controverse intervient quelques semaines après la célébration du 65ᵉ anniversaire de l’indépendance du Mali, marquée par plusieurs hommages officiels à Modibo Keïta. Ce calendrier commémoratif a amplifié la portée émotionnelle de l’incident. Dans les médias nationaux, de nombreux éditorialistes ont souligné la place centrale de Modibo Keïta dans la construction de la mémoire nationale et dans la défense des valeurs de souveraineté, d’unité et de dignité.
Le ministère des Affaires étrangères n’a publié aucun autre communiqué complémentaire. Aucune mesure officielle n’a été annoncée concernant cette polémique. Cependant, des personnalités ont tenu à rappeler la nécessité de la prudence dans les interventions publiques à l’étranger, notamment lorsqu’il s’agit de figures historiques.
Modibo Keïta, né en 1915 et décédé en 1977, reste une référence majeure de l’histoire politique du Mali. Fondateur de l’Union soudanaise-RDA, il a conduit le pays à l’indépendance en 1960 et mis en œuvre une politique d’orientation socialiste avant d’être renversé par un coup d’État militaire en 1968. Son héritage demeure un symbole fort du nationalisme malien et de la quête d’unité africaine.
APA
