Le chef de l’État gabonais réaffirme sa vision d’un « Gabon d’abord », pronant souveraineté économique et préférence nationale, lors des commémorations du coup d’État du 30 août 2023.

Le président de la République gabonaise, le général Brice Clotaire Oligui Nguema, élu en avril dernier dès le premier tour avec plus de 94 % des voix, a prononcé vendredi un discours patriotique à l’occasion du deuxième anniversaire du renversement d’Ali Bongo Ondimba, réaffirmant sa vision d’une souveraineté économique totale pour le Gabon.

S’exprimant depuis la province de la Nyanga (sud-ouest), le chef de l’État gabonais a rendu hommage aux « valeureux soldats » du Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI) qui ont mené le coup d’État « sans effusion de sang » le 30 août 2023.
« Cette nuit-là, mue par un idéal de justice et de restauration de la dignité gabonaise, nos forces de défense et de sécurité ont écrit une page glorieuse de notre histoire », a-t-il déclaré dans son discours à la nation.

Le général-président a particulièrement insisté sur la nécessité de transformer localement les ressources naturelles gabonaises.

« Nous ne serons plus des exportateurs de matières premières, mais des producteurs de richesses transformées », a-t-il martelé, évoquant la transformation du bois en meubles, du pétrole en carburant raffiné, ou encore du cacao en chocolat gabonais.

Cette stratégie de souveraineté économique s’accompagne d’un renforcement du principe de « préférence nationale », que le président souhaite voir appliqué «  dans le respect des lois et règlements ». Il a également annoncé une modernisation de l’outil de défense avec « une augmentation du budget alloué aux forces de défense et de sécurité ».

Le choix de la Nyanga pour accueillir ces commémorations n’est pas anodin. Oligui Nguema a invoqué la figure du résistant Mavurulu Nyonda Makita, « grand guerrier » de cette province qui s’opposa à la colonisation française jusqu’en 1911.
« Comme Nyonda Makita, qui refusa de plier devant l’envahisseur, nous devons aujourd’hui refuser de nous plier devant toute forme moderne de servitude », a-t-il lancé.

Depuis le coup d’État du 30 août 2023, le général Oligui Nguema a dirigé une transition de 20 mois qui a abouti à son élection triomphale à la présidence de la République en avril 2025, avec un score de 94,85 % des suffrages exprimés. Cette victoire électorale écrasante a légitimé démocratiquement la prise de pouvoir militaire qui avait mis fin à 56 ans de règne de la famille Bongo sur le pays riche en pétrole et en ressources forestières.

Le président a conclu son allocution en appelant à l’unité nationale : « Dans la Ve République, nous continuerons à avancer en cultivant le patriotisme, l’unité, le sacrifice et la paix. »

Ces célébrations interviennent dans un contexte de tensions politiques persistantes. Le 19 août dernier, l’ancien candidat à la présidentielle Bilie By Nze a accusé le pouvoir de créer un « écran de fumée » pour masquer les difficultés économiques et sociales du pays. L’opposant a notamment critiqué les nominations géopolitiques des délégués spéciaux et contesté l’objectif gouvernemental de 10 % de croissance économique, qu’il juge irréaliste au regard des prévisions internationales.

Bilie By Nze a également dénoncé l’attribution de « plus de 95 % des marchés publics de gré à gré » et l’absence de bilan des 7 milliards FCFA alloués à chaque province. Son parti a déposé un recours devant la Cour constitutionnelle concernant le calendrier des prochaines élections législatives et locales, toujours sans réponse.

APA