Le ministre de l’Urbanisme, des Collectivités territoriales et de l’Aménagement des territoires, Moussa Bala Fofana, a dévoilé jeudi, à l’ouverture de la 6e édition du salon SENHABITAT 2026, la nouvelle politique d’habitat du Sénégal.

Voici, in extenso, son discours… lors de la sixième édition de SENHABITAT 2026 | 22 octobre 2026

« L’Habitat souverain — Sunu Dekuway »

  • Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement,
  • Excellences, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
  • Mesdames et Messieurs les élus territoriaux,
  • Mesdames et Messieurs les représentants des institutions financières,
  • Mesdames et Messieurs les investisseurs, promoteurs immobiliers, industriels et professionnels de la construction,
  • Distingués invités, en vos titres, rangs et grades, tout protocole observé

C’est avec une profonde fierté et un sens élevé de la responsabilité républicaine que je prends la parole ce matin pour ouvrir la sixième édition de SENHABITAT, le grand rendez-vous national et international des bâtisseurs de notre cadre de vie.

Je souhaite la bienvenue la plus chaleureuse à l’ensemble des délégations, qu’elles viennent de nos régions ou des pays amis. Votre présence massive à Dakar témoigne de la vitalité de notre écosystème et de l’attractivité renouvelée du Sénégal.

Cette édition 2026 ne s’inscrit pas dans la simple continuité des salons professionnels.

Elle survient à un moment charnière de notre histoire socio-économique.

Sous la très haute conduite de Son Excellence Monsieur Bassirou Diomaye Diakhar FAYE, Président de la République, et sous la direction coordonnée de Monsieur le Premier Ministre, notre Nation s’est engagée dans un changement de cap historique, guidé par notre boussole stratégique : l’Agenda National de Transformation « Sénégal 2050 ».

Le thème qui nous rassemble aujourd’hui en traduit l’essence : « L’Habitat souverain — Sunu Dëkuwaay ».

Sunu Dëkuwaay ! Ce concept, issu de notre patrimoine culturel et réaffirmatif de nos valeurs, dépasse la simple structure de béton et d’acier.

Sunu Dëkuwaay, c’est le toit qui protège, c’est le foyer qui réconforte, c’est le quartier qui rassemble, c’est la ville et le village équitables, dotés d’eau potable, d’assainissement, d’énergie, d’écoles, de dispensaires, de routes et d’espaces de vie !

L’habitat n’est pas un bien spéculatif : c’est une condition fondamentale de la dignité humaine, un droit social inaliénable et le moteur le plus puissant de la prospérité économique d’une Nation.

Mesdames et Messieurs,

Regardons en face la réalité de nos concitoyens.

À Dakar, plus d’un ménage sur deux est locataire.

Le poids écrasant des loyers étouffe le budget des familles, les privant de ressources essentielles pour éduquer leurs enfants, se soigner ou investir dans l’avenir.

Dans nos villes, les inondations récurrentes, la précarité des quartiers sous-équipés et la tragédie dramatique des effondrements d’immeubles ne sont que les symptômes d’une urbanisation anarchique et non maîtrisée.

Multipliez les lotissements isolés, déconnectés des bassins d’emplois, privés de voies d’accès et de réseaux essentiels, n’a jamais été une politique de l’habitat : c’est la fabrique de l’exclusion urbaine !

Une ville ne se résume pas à un alignement de bornes foncières. Elle naît d’une vision stratégique, d’un aménagement préalable et d’investissements cohérents.

C’est pour briser cette spirale que le Gouvernement a conçu et déploie le Programme National de Renouveau Urbain et d’Habitat Souverain (PNRUHS).

Ce programme s’articule autour de deux piliers majeurs :

  1. Le Renouveau Urbain : réhabiliter, restructurer, assainir et sécuriser les villes existantes pour redonner de la dignité à nos banlieues et à nos centres historiques.
  1. L’Habitat Souverain : planifier et ériger des villes nouvelles intégrées, durables, valorisant notre foncier, nos matériaux locaux et nos compétences nationales, tout en garantissant des logements accessibles à toutes les couches sociales.

Après des mois de travail acharné consacrés à l’identification des réserves foncières, à la maturation des études techniques et à la structuration des instruments financiers, je vous l’annonce avec fermeté : le temps de la conception est accompli, nous entrons dans le temps de l’action et du chantier !

Distingués Investisseurs, Mesdames et Messieurs,

L’État ne peut pas, et ne doit pas porter seul, le financement d’une telle transformation.

La responsabilité de l’État est d’aménager, de réguler, de sécuriser et de garantir la transparence.

La vocation du secteur privé est d’investir, de concevoir et de bâtir.

Notre doctrine partenariale est désormais claire et formalisée :

  • L’État met à disposition un foncier public totalement sécurisé, apuré de tout litige, et réalise les infrastructures primaires d’accès ;
  • Les Partenaires financiers mobilisent les capitaux de long terme ;
  • Les Promoteurs et Industriels réalisent les aménagements secondaires, tertiaires et les constructions dans le respect des normes environnementales et architecturales ;
  • Les Citoyens sénégalais accèdent enfin à la propriété ou au logement abordable via l’achat direct, la location-vente ou la location encadrée.

Dans chaque projet agréé, nous exigeons un équilibre républicain : 50 % de logements sociaux et abordables, et 50 % de logements libres, garantissant à la fois la solidarité sociale et la rentabilité économique des investisseurs.

Pour soutenir ce modèle, nous activons des leviers inédits :

  • La mise en place d’un Fonds renouvelable de préfinancement des Voiries et Réseaux Divers (VRD). À ce titre, un besoin résiduel prioritaire de 29,66 milliards de FCFA a été identifié pour achever les réseaux des programmes bloqués. Aucun logement construit ne restera inoccupé pour faute d’eau, d’électricité ou de route !
  • La réduction drastique des coûts de construction grâce aux matériaux locaux. L’expérimentation du Mortier Teranga sur nos chaussées montre déjà une économie potentielle allant jusqu’à 57 % sur les infrastructures.
  • Nos simulations financières démontrent qu’en agissant conjointement sur le foncier, la fiscalité ciblée, les VRD et les matériaux locaux, le coût d’un logement F3 de référence de 75 m² peut être abaissé de 23,84 millions à 19,07 millions de FCFA, soit près de 20 % d’économie directe au profit des ménages !

Mesdames et Messieurs,

L’Habitat souverain s’appuie sur une réserve foncière nationale stratégique de près de 17 800 hectares identifiés et en cours de sécurisation.

Sur l’axe capital Dakar–Thiès–Mbour, plus de 5 600 hectares sont en aménagement sur les sites de Daga Kholpa, Déni Birame Ndao, Yenne et Diacksao-Bambilor pour créer de véritables éco-cités intégrées.

Le joyau de cette ambition est la Nouvelle Ville de Thiès.

Son Master Plan prévoit, à terme, la création de 136 000 logements répartis dans une centaine d’écoquartiers, formant une centralité urbaine moderne, universitaire, industrielle et résiliente.

Cette dynamique d’équité territoriale s’étend sur toute la Nation :

  • 900 hectares en préparation à Notto-Diobass ;
  • 40 hectares d’aménagement urbain et industriel à Diourbel ;
  • Le déploiement des 36 Zones d’Aménagement Concerté (ZAC) de Touba ;
  • Les opérations d’envergure de Saint-Louis, Gandon, Kaolack, Kédougou et dans l’ensemble de nos capitales régionales.

Au total, ce sont 14 sites prioritaires à court terme représentant 17 650 logements immédiats, intégrés dans un portefeuille global d’investissements évalué à plus de 1 875 milliards de FCFA.

Le Renouveau Urbain et la Sécurisation du Cadre de Vie

Parallèlement aux villes nouvelles, nous engageons la régénération de nos métropoles existantes.

À Dakar, Pikine, Guédiawaye, Thiès et Saint-Louis, le plan de restructuration urbaine cible 300 hectares pour générer 45 000 logements décents, soutenus par un investissement prévisionnel de 1 100 milliards de FCFA sur 15 ans.

Face à la menace des bâtiments dégradés, nous avons lancé le Plan National de Traitement des Bâtiments Menaçant Ruine. Un audit identifie 14 000 édifices à diagnostiquer à l’échelle nationale.

Rien qu’à Dakar, notamment à la Médina, Colobane, Biscuiterie et Grand-Dakar, une première tranche d’urgence de 14 opérations prioritaires pour 24,6 milliards de FCFA est engagée pour reconstruire et reloger en toute sécurité.

Mesdames et Messieurs les Investisseurs et Industriels,

Pour résorber notre déficit national estimé à 500 000 logements, notre feuille de route vise la production régulière de 33 000 logements par an, injectant ainsi près de 800 milliards de FCFA par an dans l’économie nationale.

Grâce à notre diplomatie économique, nous avons sécurisé des engagements majeurs, notamment un accord-cadre de 3,5 milliards d’euros (soit 2 300 milliards de FCFA) pour les infrastructures et les nouvelles villes, ainsi qu’une convention portant sur 50 000 logements en 5 ans pour 1 000 milliards de FCFA.

Mais je veux être d’une clarté absolue devant le patronat et les artisans sénégalais : ces grands accords internationaux n’ont pas vocation à substituer l’expertise étrangère à l’entreprise nationale !

L’ouverture internationale du Sénégal est un choix stratégique d’accélération, pas d’effacement.

Ces partenariats doivent impérativement s’accompagner de co-traitance, de sous-traitance locale, de transfert de technologies, de création de joint-ventures et de l’implantation d’usines de matériaux sur notre sol.

Il n’y aura pas d’Habitat souverain sans un Secteur Privé Sénégalais fort, prospère et souverain !

Mesdames et Messieurs, Distingués Invités,

Pour transformer cette vision en réalités tangibles, le Gouvernement accélère son calendrier décisionnel :

  1. Fin Octobre 2026 : Tenue du Conseil Interministériel sur le Logement sous la présidence de Monsieur le Premier Ministre, pour arbitrer les cadres fonciers, fiscaux et réglementaires.
  1. Début Novembre 2026 : Organisation de la Table Ronde des Bailleurs et Investisseurs, pour aligner les guichets de financement sur nos projets bancables.
  1. Mi-Décembre 2026 : Lancement officiel et pose de la première pierre de la Nouvelle Ville de Thiès.

Aux Sénégalaises et aux Sénégalais qui espèrent un logement, qui souffrent du coût de la vie ou des angoisses de l’hivernage, je dis ceci : notre seule métrique sera le résultat.

Nous ne mesurerons pas notre succès au nombre de discours ou de conventions signées, mais au nombre d’hectares viabilisés, de clés remises, d’immeubles sécurisés et de familles dignement installées dans leur Sunu Dëkuwaay.

Bâtisseurs du Sénégal et du monde, les portes du Ministère de l’Urbanisme, des Collectivités territoriales et de l’Aménagement des Territoires vous sont ouvertes.

Les sites sont prêts, la volonté politique est totale, le cadre est sécurisé.

Ensemble, faisons de chaque chantier la preuve de notre souveraineté, et de chaque logement le sanctuaire de la dignité sénégalaise.

C’est sur cette conviction que je déclare officiellement ouverte la 6ᵉ édition du Salon SENHABITAT 2026.

Plein succès à vos travaux. Vive la République ! Vive le Sénégal !

Je vous remercie de votre attention.