Par Moustapha Barry
Alors que le Sénégal traverse une crise économique et sociale sans précédent, héritée d’un système fondé sur la prédation, la dette et la dépendance, le Premier ministre Ousmane Sonko se retrouve devant un choix fondamental : continuer sur la voie imposée par le FMI ou engager un redressement national enraciné dans la souveraineté économique. En 1997, en pleine crise asiatique, le Premier ministre malaisien Mahathir Mohamad fit ce choix audacieux : dire non au FMI. Il sauva son pays d’un effondrement annoncé. Son expérience offre une source d’inspiration majeure.
Mahathir 1997 : la souveraineté face à la crise
Pendant la crise financière asiatique de 1997, le FMI proposa à la Malaisie, comme à d’autres pays de la région, une « assistance » conditionnée à des mesures d’austérité drastiques : libéralisation des marchés, abandon du contrôle des capitaux, gel des dépenses publiques. Plusieurs gouvernements cédèrent. Pas Mahathir.
Contre la doxa néolibérale, il prit le contre-pied : il refusa l’aide du FMI, imposa un contrôle des capitaux, fixa un taux de change, protégea les secteurs stratégiques et stimula la demande intérieure par des investissements publics ciblés. Résultat : en moins de deux ans, la Malaisie sortait de la crise, tandis que d’autres pays restaient englués dans la récession et la dépendance.
Le Sénégal post-Macky : une catastrophe à réparer
Aujourd’hui, le Sénégal est au bord du gouffre. La dette publique a franchi la barre des 100 % du PIB, l’économie est surendettée, extravertie et dépendante, les inégalités s’aggravent, et la jeunesse croupit dans le chômage. Le pays subit les effets d’un modèle néolibéral appliqué sans discernement pendant plus d’une décennie.
Le gouvernement de rupture dirigé par Ousmane Sonko n’a pas le droit à l’erreur. Engager un plan de redressement sans le FMI, comme le fit Mahathir, ne serait pas un acte de bravade, mais une nécessité de survie. Car continuer à appliquer les recettes du FMI — austérité, privatisations, rigueur budgétaire — reviendrait à sacrifier une génération entière au nom d’un redressement purement comptable.
Cinq leçons de Mahathir pour un plan sénégalais de redressement.
- Déclarer un moratoire sur la dette et lancer un audit souverain
Comme Mahathir refusa l’endettement conditionné, le Sénégal doit suspendre le paiement d’une dette devenue insoutenable et ouvrir un audit citoyen. Ce n’est pas de la démagogie encore moins de « l’aventurisme »: c’est une démarche de responsabilité et de réalisme envers les générations futures.
- Réguler les flux financiers et stopper la fuite des capitaux
Mahathir imposa des contrôles de capitaux pour éviter la spéculation et stabiliser la monnaie. Le Sénégal doit restreindre les transferts abusifs des multinationales, continuer a renégocier les conventions minières et pétrolières, et renforcer les capacités de la BCEAO ou envisager un débat sur la souveraineté monétaire qui doit mener vers une decision courageuse par rapport au FCFA.
- Investir dans l’économie réelle et locale
Mahathir relança la croissance par des projets utiles : infrastructures, PME, industrie locale. Le Sénégal doit rompre avec les chantiers de prestige et investir dans l’agriculture familiale, les industries de transformation, les infrastructures rurales, et la formation professionnelle.
- Mobiliser l’intelligence nationale
En 1997, Mahathir fit confiance aux économistes, ingénieurs et planificateurs malaisiens. Le Sénégal regorge de compétences, sur son sol et dans la diaspora. Il faut mettre fin à la dépendance aux cabinets étrangers et engager avec audace l’execution du Plan national annoncé hier; un Plan de Redressement par des Sénégalais et pour les Sénégalais.
- Redonner à l’État un rôle stratégique
Mahathir fit de l’État un acteur de l’économie. Le Sénégal doit cesser d’être un simple facilitateur pour le secteur privé étranger, et redevenir un planificateur, un protecteur, un investisseur stratégique, garant de l’intérêt général.
Un pari audacieux, mais inévitable
Ousmane Sonko, face aux manoeuvres du FMI, s’inscrit dans une tradition rare mais cruciale : celle de la souveraineté économique assumée. Ce choix n’est ni populiste, ni risqué — il est pragmatique et vital. La dépendance est plus risquée que l’autonomie. La soumission tue plus sûrement que l’audace.
Mahathir l’a démontré : un pays qui croit en lui-même peut se relever, même face à une tempête financière. Le Sénégal doit aujourd’hui oser sortir du piège de l’assistanat international, s’appuyer sur ses propres forces, et définir un nouveau contrat social et économique, fondé sur la justice, le travail, la production locale et la dignité nationale.
Le Plan de Redressement Economique et Social presenté par le Premier Ministre s’inscrit dans une perspective similaire a l’experience malaisienne à certains egards. Il gagnerait plus à bien étudier cette approche Mahatirienne. Et pourquoi pas engager une rencontre avec l’ancien Premier Ministre Malaisien qui, il y a plusieurs années avait exprimé le désir d’echanger un jour avec les elites Sénégalaises? C’est peut être le moment aujourdhui.
« Mieux vaut être pauvre en liberté que riche en dépendance. »
— Mahathir Mohamad
« Nous n’avons rien à attendre de ceux qui nous ont maintenus dans la dette. L’heure est venue de compter sur nous-mêmes. »
— Ousmane Sonko (Déclaration à la Nation, 2025).
M. BARRY,
Melbourne, Australie
