Dans le quartier de Thiokhna, la colère gronde et la poussière étouffe. Les habitants, lassés du vacarme incessant et des nuages de coques d’arachide, interpellent directement le Premier ministre Ousmane Sonko. À travers une pétition, ils réclament la délocalisation urgente de l’usine SONACOS, accusée de polluer leur environnement et de menacer leur santé.

Implantée dans les années 1920, la SONACOS de Louga fut jadis un fleuron de l’économie arachidière. Aujourd’hui, elle est devenue un symbole de nuisance. Ses machines à décortiquer tournent sans relâche, dégageant poussière et bruit au cœur d’une zone désormais densément habitée.

Les riverains énumèrent les maux : poussière d’arachide omniprésente, source de toux et d’irritations oculaires ; vacarme industriel jour et nuit ; dépôts à ciel ouvert attirant rongeurs, serpents et insectes nuisibles et enfants victimes de troubles respiratoires croissants.

Alertes ignorées et promesses non tenues

Depuis 2021, le Collectif des Impactés de la SONACOS, dirigé par Ibrahima Seydou Cissé et Souleymane Ndiaye, multiplie les démarches auprès des autorités locales.
Une réunion du Comité technique régional, tenue le 10 novembre 2021 sous la présidence du gouverneur de Louga, devait examiner des mesures d’atténuation. Mais trois ans plus tard, aucune solution concrète n’a été mise en œuvre. « Les camions rugissent toujours, les machines tournent, et nous continuons à respirer la poussière », déplorent les habitants.

Pour le collectif, le combat ne vise pas la SONACOS en tant qu’entreprise, mais la reconnaissance d’un droit fondamental : celui de vivre dans un environnement sain, garanti par la Constitution sénégalaise et par le Code de l’Environnement (loi n°2001-01 du 12 avril 2001).

« Nous ne voulons pas la fermeture, mais la délocalisation de l’usine vers une zone industrielle conforme aux normes », expliquent les signataires de la pétition. « L’économie ne doit pas se faire au prix de la santé et de la dignité humaine. »

Les habitants dénoncent le silence prolongé des autorités et les manœuvres dilatoires du directeur local de la SONACOS. « Les quelques emplois précaires offerts ne compensent pas nos souffrances », témoigne un père de famille.

Face à cette inaction, les riverains ont choisi de s’organiser et d’interpeller l’État central, plaçant leur espoir dans la nouvelle gouvernance axée sur la justice sociale.

Les habitants de Thiokhna ne se contentent pas de protester : ils proposent.
Les hangars désaffectés pourraient être reconvertis en centre de formation, école élargie ou espaces verts communautaires.
« Nous croyons à un Sénégal nouveau, où le développement part de la base », écrivent-ils, appelant à un dialogue sincère entre État, collectivités et citoyens.

Pour les habitants de Louga, l’enjeu dépasse la production arachidière : il touche à la santé publique, à la dignité et à la justice environnementale. Ils appellent le Premier ministre Ousmane Sonko à poser un acte fort en ordonnant la délocalisation de l’usine.

Car à Louga, rappellent-ils, ce n’est pas seulement une machine qui tourne, c’est une population entière qui étouffe en silence.