Dans une correspondance adressée ce lundi au Président du Tribunal de Grande Instance Hors Classe de Dakar, le collectif des avocats de la partie civile, dirigé par Me Amadou Sall, a annoncé le désistement de leurs clients dans l’affaire opposant Alassane Gueye dit Azoura Fall à plusieurs membres de l’Alliance pour la République (APR).
Motif invoqué : la reconnaissance tacite, selon eux, de la démence du prévenu par le tribunal, qui aurait ainsi tranché le litige sans débat de fond, rendant leur action « sans objet » conformément à l’article 50 du Code pénal. Celui-ci stipule en effet qu « il n’y a ni crime ni délit, lorsque le prévenu était en état de démence au temps de l’action ».
L’affaire, évoquée lors de l’audience des flagrants délits du 15 mai 2025, avait vu la constitution de partie civile de l’APR et de certains de ses membres. Cependant, au cours de cette audience, le tribunal avait décidé de renvoyer la cause d’office et d’ordonner la mise en liberté provisoire d’Assane Gueye, à la demande de ses avocats, sur la base d’un argument clé : l’état de démence du prévenu.
Cette démence aurait été attestée par un rapport médical daté du 12 mai 2025, établi par le Dr Souleymane Loucar, médecin militant de PASTEF, récemment nommé directeur de l’hôpital de Pikine.
Une décision contestée, mais non attaquée par le parquet
Le parquet s’était opposé à la liberté provisoire, mais n’a pas interjeté appel, ce que les avocats de la partie civile interprètent comme un renoncement volontaire, destiné à ménager l’opinion publique. « L’opposition du parquet n’était que de la poudre aux yeux », déplorent-ils dans leur correspondance.
Les parties civiles dénoncent également l’absence d’expertise contradictoire, qui aurait permis de confirmer ou d’infirmer l’état mental du prévenu. Elles estiment que la mise en liberté sans qu’aucune garantie de représentation ne soit plaidée renforce l’hypothèse selon laquelle le tribunal a, de fait, reconnu la démence d’Azoura Fall.
Avec le désistement des parties civiles, l’affaire prend un nouveau tournant. Le collectif d’avocats regrette que le débat judiciaire ait été, selon eux, court-circuité par une décision rendue sur la base d’un rapport unilatéral. Il reste désormais à voir si le parquet général décidera de relancer le dossier, ou si l’affaire s’arrêtera définitivement là.

