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Sous la pression idéologique de Washington, Paris se retrouve contraint de détruire des stocks de contraceptifs initialement destinés aux pays africains.

La rédaction du Washington Post s’en était inquiétée dès juin 2025. Après une série d’investigations, le quotidien américain révélait que 12 millions de dollars de contraceptifs se trouvaient menacés de destruction par l’administration Trump. Alors qu’ils étaient initialement dédiés aux programmes de l’agence Usaid – dont les activités à l’international ont pris fin le 1er juillet dernier –, l’annonce de leur suppression imminente a exacerbé les inquiétudes. En face, les équipes du président américain n’en démordent pas, prônant un positionnement idéologique strict sur les questions de santé sexuelle et reproductive.

Face à l’urgence, le blocage de Washington

Malgré les alertes des dernières semaines, la levée de boucliers s’est concentrée fin juillet autour d’un projet d’incinération en France. Il faut dire que l’exemple est parlant. Parmi le matériel sur la sellette, l’équivalent de 9,7 millions de dollars est entreposé à Geel, en Belgique. Soucieux de poursuivre le désengagement multilatéral et de flatter un électorat conservateur, les États-Unis ont décidé de brûler, dans l’Hexagone voisin, ce stock hautement symbolique. Au bas mot, quelque 26 millions de préservatifs, plusieurs millions de pilules et des centaines de milliers d’implants contraceptifs sont en jeu. Plus des trois quarts de ces solutions devaient bénéficier à cinq pays africains : la République démocratique du Congo, le Kenya, la Tanzanie, la Zambie et le Mali.

Depuis plusieurs mois, des négociations sont pourtant à l’œuvre pour sauver le précieux stock. Le Fonds pour la population des Nations unies (UNFPA), la Fondation Gates et la Fédération internationale pour la planification familiale (IPPF) tentent toujours d’en obtenir la gestion. Mais voilà, le dossier bloque. Si les pourparlers envisageaient d’abord un don, l’administration Trump a eu vite fait de ramener la question commerciale au centre de l’affaire. En l’état, pas question de dépenser davantage pour du matériel « non aligné avec les intérêts américains ». En plus de vouloir récupérer le montant initial déboursé pour les dispositifs, Washington exige que l’ensemble des logos Usaid en soient retirés. Ce travail, plus coûteux qu’il n’en a l’air, pose un défi pratique de taille pour les candidats au rachat.

D’autant plus que le temps presse. Car les difficultés sont également d’ordre réglementaire. La plupart des législations nationales exigent que la durée de vie restante des solutions médicales importées soit supérieure à 75 %. Concernant le stock entreposé en Belgique, les dates de péremption se situeraient dans l’intervalle 2027-2031. À mesure que le temps passe, une proportion croissante du matériel risque ainsi d’éprouver des difficultés d’export.

Une mobilisation sans résultat

Selon la Reproductive Health Supplies Coalition (RHSC) – dont l’un des membres historiques n’est autre que Usaid –, la non-distribution des solutions stockées à Geel pourrait conduire à plus de 360 000 grossesses indésirées. Sur le papier, leur incinération sur un site français spécialisé avoisine les 167 000 dollars. « Un gâchis délibéré », dénonce l’UNFPA. Du côté belge, plusieurs avocats ont adressé des lettres ouvertes aux représentants fédéraux de la santé publique et des affaires étrangères leur demandant de bloquer le plan américain ; sans véritable succès. Même son de cloche en France, où la situation est remontée aux oreilles du ministère de la Santé. Mais celui-ci s’est déclaré incompétent pour empêcher l’incinération, faute de pénurie nationale de ces solutions qui ne sont pas classifiées « d’intérêt majeur ».

Sollicitée par plusieurs eurodéputés écologistes, la Commission européenne botte également en touche. En interne, l’institution renvoie la balle à la Belgique, la France et les États-Unis. Si l’on ignore la date et le lieu exacts de l’incinération, plusieurs responsables d’ONG arguaient début août, dans les colonnes du Monde, que la France ne pouvait pas « devenir le théâtre de telles opérations ». Plus loin, la tribune fustigeait une administration Trump « aveuglée de retour idéologique ». Et envers toute rationalité économique, ce sont bien les idées qui semblent gouverner le positionnement américain. Ces contraceptifs sont en effet la bête noire des mouvements « pro-life », doublés d’un symbole d’une aide internationale largement remise en cause. 

À l’avenir, ce type de mesure pourrait bien se répéter. Le 29 juillet 2025, Médecins sans frontières estimait qu’environ 40 millions de dollars de produits contraceptifs financés par le contribuable américain seraient entreposés à travers le monde. À commencer par les Émirats arabes unis, où se trouve le restant du stock épinglé par le Washington Post. Dans un registre similaire, 500 tonnes de biscuits hautement nutritifs ont déjà été détruites le mois dernier. Arrivée à expiration en juillet 2025, la marchandise est restée stationnée durant des mois sur un site de Dubai, à la suite du gel de l’Usaid. Bien que des voix se soient élevées pour réclamer leur largage à Gaza, l’administration Trump est demeurée inflexible.

lepoint.fr/afrique