Les sorties notées çà et là dans la presse ces temps-ci, font état d’un business sur les déclarations d’importation de produits alimentaires (DIPA) qui tuerait l’industrie, ou une difficile quête d’un juste équilibre entre production locale de riz et du sucre, et ouverture du marché.
La raison vient des nombreuses spéculations circulant sur l’importation du riz et du sucre, et qui ont fait l’objet d’un communiqué de presse par le ministre de l’industrie et du commerce en vue de rassurer les consommateurs.

En effet, s’il existe une spéculation réelle ou supposée sur l’importation du sucre et du riz, c’est que fondamentalement, le Sénégal est incapable de nourrir, vêtir et soigner sa population à partir de sa production locale, ou transformer sur place ses matières premières.
Or, cette population doit manger, se vêtir et se soigner. C’est toute la problématique qu’il faut résoudre à court, moyen et long terme. La solution, à défaut d’une production locale suffisante, est le recours à l’importation.
Le gouvernement du Sénégal à travers le ministère de l’industrie et du commerce, a l’obligation d’assurer à la population, la disponibilité des produits et denrées essentiels en quantité et en qualité, mais aussi, leur accès en termes de prix concurrentiel, de sureté et de sécurité.
C’est d’ailleurs, tout le sens qu’il faut donner à la politique industrielle et commerciale du département, fruit d’une réflexion de toutes les parties prenantes pendant six mois, et qui est arrimée à l’Agenda de transformation « Sénégal 2050 ».

Au demeurant, assurer la sécurité alimentaire au Sénégalais dans un contexte de dépendance alimentaire, sanitaire, pharmaceutique et vestimentaire, entre autres, requiert un jeu d’équilibre permanent entre production locale disponible et besoins nationaux de consommation.
L’écart pouvant exister entre ces deux grandeurs est comblé par des importations assorties d’une marge de sécurité bannissant toute pénurie.
Le jeu d’équilibre à opérer, est à la fois assuré par l’Agence de Régulation des Marchés (ARM) et la Direction du Commerce Intérieur (DCI), chacune en ce qui la concerne. Ces structures sont les bras techniques du département en la matière. Elles utilisent la régulation entre autres mécanismes, et les DIPA qui constituent un des instruments de cette régulation à côté des arrêtés ministériels de gel des importations.
La régulation, consiste à ouvrir ou à fermer les importations de produits alimentaires en fonction de la couverture des besoins alimentaires nationaux par la production locale.
Par exemple si la production nationale de riz, de sucre, de pomme de terre, entre autres, couvre les besoins nationaux de consommation, le marché est fermé. L’instrument de fermeture est la DIPA. Les DIPA sont accordées aux importateurs en vue d’approvisionner le marché en produits alimentaires par l’importation. 
La péréquation est aussi un mécanisme auquel l’on peut recourir pour réguler le marché. Il consiste à acheter et à stocker le surplus de produits sur le marché et à le déstocker en cas de baisse de l’offre. Sa mise en œuvre en revanche, requiert beaucoup de ressources financières.
En outre, à moyen et long terme, la stratégie du département à travers la politique industrielle et commerciale, consiste à redémarrer les industries fermées pour des raisons diverses, à accroitre la production de manière substantielle dans des espaces dédiés que sont les agropoles, à mettre en place des instances de pilotage et d’exécution de la politique industrielle et commerciale, à former des ressources humaines compétentes dans des centres de compétences placés dans les agropoles, à aménager des zones industrielles pour accueillir les entreprises, et à améliorer le climat des affaires, entre autres.

En somme, le ministère de l’industrie et du commerce, de manière permanente et assidue, surveille et ajuste au besoin, la disponibilité des produits sur le marché, mais s’assure également du respect des prix indiqués et de la réglementation commerciale en vigueur.
D’ailleurs, il faut bien le noter pour s’en féliciter, depuis l’avènement des nouvelles autorités, il n’y a ni pénurie de denrées alimentaires sur le marché, encore moins de hausse intempestive de leurs prix notamment les produits de granges consommation. Au contraire les prix du riz et du sucre sur le marché international sont dans une tendance baissière depuis plus six mois.
Par ailleurs, les productions locales d’oignon, de pomme de terre, de riz local, entre autres, ont connu des records ayant entrainé le gel des importations pendant au moins huit mois en ce qui concerne l’oignon et la pomme de terre.
Dans le même ordre d’idées, le riz local dispose d’un stock de 4600 tonnes en souffrance dans les magasins faute d’acquéreur au moment où, paradoxalement cette quantité ne représente que deux jours de consommation, et le riz local bien apprécié sur le marché.
Ceci interpelle à la fois les commerçants importateurs de riz et les riziers qui doivent s’entendre sur un juste prix.

En outre, le ministère de l’industrie et du commerce à travers l’ARM et en rapport avec les acteurs concernés, a tenté plusieurs conciliations, mais une solution tarde à venir. La discussion continue. Parallèlement, le ministre a décidé de lier désormais l’autorisation de DIPA à l’achat d’une quantité de riz local, entre autres mesures. Aussi, pour plus de transparence dans la fixation du prix du riz local transformé, il a dépêché une mission dans la vallée pour comprendre la structure du coût de revient du kilogramme de riz transformé afin de fixer un prix juste qui sauve la filière et préserve le pouvoir d’achat du consommateur.

Enfin, afin de maintenir le dialogue et la réflexion entre les acteurs, il a, à travers l’’ARM, mis en place une plateforme de commercialisation du riz local.
En définitive, nous pouvons considérer les spéculations relatées sur l’importation du riz et du sucre, comme des effets pervers découlant de comportements désobligeants d’acteurs du système. Ce qui arrive toujours quand des intérêts d’une certaine envergure sont en jeu.
Aussi, dans le même sillage, la difficile quête du juste équilibre entre production locale de riz et du sucre, et ouverture du marché, peut être considérée comme étant la mission permanente de l’ARM et de la DCI à côté d’autres fonctions régaliennes comme le respect de la législation commerciale entre autres.
Le ministère de l’industrie et du commerce en tout état de cause, à travers son administration, veille et intervient chaque fois que l’équilibre tend à se rompre.

Au final, afin de rendre plus efficace et plus efficiente l’exécution de la politique industrielle et commerciale, le département développe des alliances au niveau national comme à l’étranger, sous forme de conventions et de contrats programmes. C’est le cas par exemple au niveau national avec le ministère de l’agriculture, de la souveraineté alimentaire et de l’élevage ainsi que d’autres entités comme Agri Cool.
Au niveau international, nous pouvons citer la convention signée avec la National Co-opérative Exports Limited (NCEL) qui est une coopérative indienne pour la fourniture de riz.

Fait à Dakar, le 10 novembre 2025 Abdoulaye SENE, Economiste, Ancien PCR de SESSENE, auteur, Consultant formateur