(Tribune de Magaye Gaye, économiste international)
Ce 13 novembre, jour de commémoration des attentats du Bataclan, la France et une partie du monde s’inclinent devant la mémoire des victimes. Ce moment de recueillement est nécessaire. Mais la commémoration doit aussi être un moment de lucidité. Depuis ces attentats, un automatisme sémantique s’est installé : associer le terrorisme à l’islam, comme si une religion entière devait porter le poids d’actes commis par des individus. Or un examen honnête montre que les violences les plus dévastatrices de l’histoire moderne n’ont pas été commises par des musulmans, mais par des puissances occidentales — sans que l’expression terrorisme occidental n’ait jamais été utilisée. Le 13 novembre doit donc être un jour de vérité autant qu’un jour de mémoire.
- LES PLUS GRANDES GUERRES NE VIENNENT PAS DU MONDE MUSULMAN
La Première Guerre mondiale : 18 millions de morts.
La Deuxième Guerre mondiale : 60 à 80 millions de morts.
Hiroshima et Nagasaki : seules attaques nucléaires de l’histoire.
Colonialisme : des millions de victimes.
Jamais aucun de ces drames n’a été qualifié de terrorisme occidental, alors même que l’échelle de leur destruction dépasse tout ce que les groupes armés contemporains ont pu commettre.
- IRAK, LIBYE, AFGHANISTAN : DES CATASTROPHES SANS NOM
Les attentats du 13 novembre sont souvent présentés comme surgis de “l’extérieur”. Mais cet extérieur a été créé par l’invasion mensongère de l’Irak, la destruction de la Libye et vingt ans de guerre en Afghanistan. Ces décisions ont nourri radicalisations, frustrations, mouvements armés et chaos géopolitique. Pourtant, jamais l’Occident n’a été désigné comme terroriste malgré le caractère déstabilisateur de ses interventions.
- QUAND LA VIOLENCE VIENT D’OCCIDENT, L’ÉTIQUETTE DISPARAÎT
L’IRA n’a jamais été qualifiée de terrorisme chrétien.
Les suprémacistes blancs sont décrits comme “extrémistes” ou “loups solitaires”.
Les tueurs de masse occidentaux ne sont jamais associés à leur religion.
L’usage du mot “terrorisme” est donc profondément asymétrique.
- LES GROUPES “ISLAMISTES” : DES CONSÉQUENCES, PAS DES CAUSES
Ces groupes armés ne sont pas nés spontanément. Ils sont le produit de guerres prolongées, d’États détruits, de vide institutionnel, d’humiliations collectives et de zones abandonnées après des interventions étrangères. Les condamner est une obligation morale. Refuser d’en analyser les causes, en revanche, empêche d’éviter les prochains drames.
- ENTRE L’AGRESSEUR ET CELUI QUI RÉAGIT : LA RESPONSABILITÉ N’EST PAS SYMÉTRIQUE
Dans toute lecture juste : celui qui envahit porte une responsabilité majeure ; celui qui réagit, même de façon condamnable, agit dans un contexte qu’il n’a pas créé. Confondre les deux empêche la compréhension des crises.
- POUR UN VRAI “PLUS JAMAIS ÇA” : L’OCCIDENT DOIT REGARDER SA PART
Dire “plus jamais ça” exige de reconnaître :
– que des interventions mal pensées ont fabriqué du chaos ;
– que des peuples entiers ont été déstabilisés ;
– que les amalgames linguistiques ont stigmatisé une religion entière ;
– que le mot “terrorisme” a été utilisé de manière déséquilibrée.
La paix future dépend de la justice des mots.
En conclusion nous disons que le 13 novembre est un jour de mémoire. Mais il doit devenir un jour de vérité. L’islam n’a pas le monopole de la violence. L’Occident n’a pas été neutre dans les crises modernes. Le langage façonne notre perception, et les mots doivent être équitables. Pour avancer, il faut se souvenir, mais aussi comprendre, reconnaître et corriger.
