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Nous sommes au début des années 1950 à Saint-Louis du Sénégal. Six condisciples en 4ème au lycée Faidherbe (actuel Cheikh Omar Foutiyou Tall), passent souvent du temps ensemble. Parmi eux, Abdou Diouf, futur chef d’Etat du Sénégal, dont le 90e anniversaire qui coïncide avec ce dimanche 7 septembre, est célébré cette semaine. Ces six lycéens se retrouvent, en dehors des heures de cours, chez l’un d’eux, dans le nord de l’île, espace bordé par le fleuve et la mer et premier établissement français en Afrique sub-saharienne, à partir de 1659. Ces condisciples créent une association dénommée « La Gazette » et font, alternativement, des exposés sur des thèmes variés comme l’économie. Ils se prédestinent collectivement des rôles dans le futur de leur territoire, encore sous domination coloniale française, dans cette agglomération alors capitale du Sénégal, à l’orée de l’indépendance en 1960. Dans le partage de leurs responsabilités d’Etat virtuelles, Abdou Diouf, un timide s’il en fut, est, lors d’une réunion, désigné futur président de la République ! « Il a accueilli cette désignation avec surprise et s’est demandé pourquoi lui », témoigne un acteur de cet épisode, l’ancien gouverneur dans plusieurs régions du Sénégal, El Hadji Malick BA. « Abdou Diouf était calme, détaché et effacé mais empreint de sérénité et d’objectivité. C’est moi qui l’ai désigné président de la République. Les autres se sont ralliés à mon choix ». Il poursuit: « Abdou Diouf, s’adressant ensuite à moi, a dit: El Hadji, tu me choisis président de la République. Je vais former un gouvernement et tu seras responsable de tout ce qui est sécurité ». El Hadji Malick BA assumera plus tard, à plusieurs reprises, des responsabilités dans ce secteur de la sécurité, aux niveaux national et international.M. Bâ dit avoir misé sur Abdou Diouf en raison aussi de ses qualités intellectuelles. »C’était un garçon qui vivait presque reclus mais il était extrêmement intelligent. Il assimilait rapidement les leçons. Même quand il s’absentait, il suffisait qu’on lui récite le cours pour qu’il comprenne, rapidement » , fait-il remarquer.

Dans le groupe, outre Abdou Diouf et El Hadji Malick BA, on recense quatre autres lycéens: Moctar Djouri dit Pédro, Moustapha Sarr, le futur linguiste Pathé Diagne et Békai Diop, selon notre source. Dans le gouvernement formé par Diouf, chacun des cinq autres membres de cette équipe a été nommé à des fonctions précises. Dans ses mémoires (Paris, Editions du Seuil, 2014, 384 p.) le président Diouf n’évoque pas cet épisode.

Il VOULAIT ENSEIGNER L’HISTOIRE

Il narre pourtant de larges pans de son passage à Saint-Louis et au lycée Faidherbe. Pendant cette période, il se voyait embrasser une carrière autre que celle d’un administrateur civil ou d’un homme d’Etat. »Si le destin ne m’avait mené vers les grands corps de l’Etat, peut-être serais-je devenu historien ? Professeur, j’aurais enseigné cette belle et tonitruante discipline (…) », écrit-il dans son ouvrage autobiographique. La possibilité ne nous a pas été donnée de rencontrer le président Diouf ou un autre témoin de cette prédiction pour croiser nos informations sur ce fait rapporté par son condisciple Bâ, un grand- père. Du groupe des six, trois ont disparus. Un quatrième n’est pas en état de témoigner. L’ancien gouverneur Hadji Malick BA s’est aujourd’hui retiré de la vie publique, partageant essentiellement son temps entre la mosquée et la maison. Il a occupé, sous le magistère des présidents Léopold Sédar Senghor et Abdou Diouf, diverses fonctions dont celles de directeur général de la sûreté nationale, directeur de la sécurité de la Confédération de la Sénégambie et directeur de l’école nationale d’administration et de magistrature (Enam). Ce nonagénaire, soucieux de compléter et mettre de l’ordre dans ses archives personnelles, en prévision, souhaitons-le, de ses mémoires, nous avait demandé, il y a quelque trois ans, d’aller voir Pathé Diagne, chercheur éclectique aux champs d’investigations aussi variés que la linguistique, l’économie, l’égyptologie…C’était pour qu’il puisse disposer d’une copie du document que les six condisciples avaient rédigé dans les années 1950 en prévision de leurs responsabilités politiques projetées, pendant leurs années au lycée. Nous nous en sommes ouvert à un neveu de Pathé Diagne, mon confrère Mademba Ndiaye, un ancien journaliste du quotidien privé sénégalais Wal Fadjri et ancien chargé de communication à l’antenne de la Banque mondiale à Dakar. Malheureusement, Pathé Diagne, décédé il y a deux ans, n’a pas eu cette conversation avec son neveu.

L’IDEAL PREND FORME UNE TRENTAINE D’ANNEES APRES

Ce rêve prémonitoire de lycéens va prendre forme au fur et à mesure des responsabilités confiées à Diouf à sa sortie de l’Ecole nationale de la France d’outre-mer (Enfom) en juillet 1960. Janvier 1964 marque un tournant dans sa carrière alors qu’il était directeur de cabinet du président Senghor. M. Diouf rapporte que ce dernier a un jour, lors d’une réception au palais présidentiel à Dakar, pris en aparté son épouse Elisabeth pour lui conseiller de veiller sur son mari.Il confia à Madame Diouf penser à Abdou Diouf pour sa succession, selon une anecdote racontée par ce dernier dans son autobiographie. Les vicissitudes de la vie politique vont contribuer à donner corps à ce rêve le 1er janvier 1981 avec la démission volontaire du président Léopold Sédar Senghor la veille, 31 décembre 1980, et l’arrivée au pouvoir d’Abdou Diouf, à l’âge de 45 ans, comme dauphin constitutionnel de celui qu’il décrit comme « son maitre ». Il lui succède à la tête de l’Etat du Sénégal jusqu’en avril 2000.