Par Magaye Gaye, économiste international, ancien de la BOAD
Nouvelle équation proposée : G = Cu + P + X + Iu
Par Magaye GAYE – Économiste international, Ancien cadre de la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD)
- UNE INTERROGATION NÉCESSAIRE À L’ÈRE DES DÉSÉQUILIBRES MONDIAUX
Depuis les pères fondateurs de la science économique, la croissance est définie à partir de trois moteurs : la consommation, l’investissement et les exportations.
Mais ces critères de mesure, hérités d’un contexte industriel du XIXᵉ siècle, ne reflètent plus les réalités actuelles.
Ils ignorent les mutations du commerce mondial et les dépendances structurelles.
Il faut donc repenser la mesure de la croissance pour la reconnecter à la création réelle de valeur et à la souveraineté productive.
- LA CONSOMMATION : D’UNE DÉPENSE À UNE CONSOMMATION UTILE
Dans beaucoup de pays du monde, la croissance paraît tirée par la consommation.
Or, lorsque cette consommation repose surtout sur des produits importés, elle devient un moteur externe et une fuite interne.
D’où la nécessité de promouvoir une consommation utile (Cu) : une consommation satisfaite localement, enracinée dans la production nationale, créatrice d’emplois et de savoir-faire
- DE L’INVESTISSEMENT CLASSIQUE À LA PRODUCTION RÉELLE
On a trop longtemps placé l’investissement au centre par principe.
Pourtant, tous les investissements ne sont pas productifs : projets de prestige, infrastructures sans entretien, zones industrielles désertes, bâtiments administratifs sans activité réelle.
Ils créent parfois des emplois temporaires sans transformer durablement la structure productive.
Il faut donc remplacer la centralité de l’investissement par la PRODUCTION RÉELLE (P), c’est-à-dire l’activité qui crée effectivement de la valeur, du savoir-faire et de l’emploi.
La production est le seul moteur tangible et durable de la croissance.
- LES EXPORTATIONS : UNE PORTE VERS LE MONDE
Toutes les exportations contribuent à la croissance car elles génèrent des devises.
L’enjeu n’est pas d’opposer brut et transformé, mais d’inscrire toute stratégie d’exportation dans un projet de montée en gamme et de réinvestissement productif au service de la production réelle
- L’IMPORTATION UTILE : LE MOTEUR CACHÉ
Toutes les importations ne se valent pas.
Les importations utiles (Iu) — machines, équipements, logiciels, savoir-faire, compétences, transfert de technologie — agissent comme des investissements invisibles qui relancent la machine productive.
Il faut les distinguer des importations de consommation qui appauvrissent la balance des paiements.
Les importations utiles sont donc un levier stratégique pour la transformation technologique et la montée en productivité.
- UNE NOUVELLE ÉQUATION DE LA CROISSANCE
Le modèle classique résume : G = C + I + X.
Cette équation confond dépenses et création de valeur.
Par la grâce de Dieu, je propose une formulation plus fidèle à la réalité productive :
{G = Cu + P + X + Iu}
Cette équation distingue les flux régénérateurs (Cu, P, Iu structurantes) des flux destructeurs (consommations importées non productives).
Elle recentre la mesure de la croissance sur l’utilité économique et technologique.
- CONCLUSION : VERS UNE CROISSANCE RÉGÉNÉRATRICE
Repenser la mesure de la croissance, c’est replacer l’homme, le savoir et la production au cœur du développement.
Les nations qui progresseront ne seront pas celles qui dépensent le plus, mais celles qui produisent intelligemment, importent utilement et transmettent le savoir.
Par la grâce de Dieu, c’est le passage d’une économie d’imitation à une économie de régénération.
