var div_sizes = [[300, 250]]; var adUnits = [ { code: 'banner-ad', mediaTypes: {banner:{sizes: div_sizes}}, bids:[{ bidder: 'dochase', params: { placement_id: 5681 } }]},]; var pbjs = pbjs || {}; pbjs.que = pbjs.que || [];

On les oppose souvent dans les débats publics, comme deux écoles rivales, deux visions du monde irréconciliables : l’économiste hétérodoxe et son homologue néoclassique. Mais, cette mise en scène est trompeuse. Ces deux figures ne partagent ni le même langage, ni les mêmes outils, ni la même finalité. Leurs divergences sont profondes : ils vivent dans deux univers intellectuels irréconciliables. Dès lors, la question « Qui est le meilleur économiste ? » manque de sens. Ce n’est pas sur un plateau télé qu’on tranche, et leurs pairs ne les jugent pas à coups d’arguments improvisés. Dans le monde académique et professionnel, la reconnaissance se joue ailleurs : dans la solidité méthodologique, l’originalité de la réflexion et la capacité des travaux à éclairer des problèmes réels.

Le néoclassique est l’ingénieur d’un monde parfait.

Le néoclassique travaille sur un décor idéal : des individus rationnels, des marchés qui s’autorégulent, une information parfaite et un État discret. Son objectif est de trouver l’allocation optimale des ressources. Son problème : un modèle statique, hors du temps et de l’histoire, qui ignore les rapports de pouvoir et les réalités sociales. Dans ses équations, les peuples disparaissent, remplacés par des « agents économiques » abstraits.

L’hétérodoxe, lui, part du réel.

L’hétérodoxe, lui, part de la vie telle qu’elle se déroule. Il observe les conflits, les inégalités, les héritages coloniaux et les asymétries de pouvoir. Il mobilise l’histoire, la sociologie et la géopolitique, et refuse l’idée que la monnaie soit neutre ou que les marchés soient innocents.

Son objectif n’est pas de modéliser un équilibre parfait, mais de comprendre les dynamiques complexes et les forces qui façonnent le monde.

Une fausse concurrence

Les opposer revient à comparer un géomètre et un cartographe : le premier mesure un espace idéal, le second dessine un territoire réel. Leur divergence n’est pas méthodologique, mais ontologique. Ils ne jouent pas dans la même cour. La question « qui est le meilleur économiste ? » n’a donc pas de sens. Ce qui compte, ce n’est pas la hiérarchie, mais la pertinence et la clarté.

Une question vitale pour l’Afrique.

En Afrique, où la dépendance monétaire, les séquelles coloniales et la fragilité institutionnelle structurent l’économie, les modèles théoriques déconnectés de la réalité sont un luxe. Le continent a besoin d’économistes ancrés dans leur pays, qui pensent avec leur peuple, intègrent la mémoire collective et replacent la politique au cœur de l’analyse économique.

Il faut réhabiliter la diversité intellectuelle.

L’hétérodoxe n’est pas un banal contestataire du modèle dominant ; il propose une autre vision du savoir, de la justice et de la transformation sociale. Il ne cherche pas à battre le néoclassique sur son terrain ; il déplace le débat. Pour affronter les enjeux d’aujourd’hui, la diversité intellectuelle n’est pas un luxe, c’est la condition même de la lucidité collective.

CHERIF SALIF SY
14 AOUT 2025