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	<title>Henriette Niang Kande Archives -</title>
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	<title>Henriette Niang Kande Archives -</title>
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		<title>Chronique de l’improviste</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Farafinanews]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 10 Sep 2025 12:21:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Karantaba]]></category>
		<category><![CDATA[Henriette Niang Kande]]></category>
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					<description><![CDATA[Sous une pluie fine, Dakar chavire Par Henriette Niang Kandé Il a plu. Une partie de la nuit d’avant et hier dans la matinée. Pas un déluge. Pas un de ces orages spectaculaires qui éclatent d’un coup avant de disparaître. Non, juste une pluie fine, tenace, sournoise, qui s’installe sans bruit depuis la nuit et [&#8230;]]]></description>
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<p><strong>Sous une pluie fine, Dakar chavire </strong></p>



<p><strong>Par Henriette Niang Kandé</strong></p>



<p>Il a plu. Une partie de la nuit d’avant et hier dans la matinée. Pas un déluge. Pas un de ces orages spectaculaires qui éclatent d’un coup avant de disparaître. Non, juste une pluie fine, tenace, sournoise, qui s’installe sans bruit depuis la nuit et une partie de la journée et refuse de s’en aller. Elle ne lave rien. Elle encrasse tout. Dans la capitale, chaque goutte devient une complication, s’infiltrant dans les fissures des trottoirs, gonflant les poubelles déjà débordantes, collant les vêtements sur des peaux moites. Dakar n’est pas noyée, mais engluée, et la bruine obstinée agit comme un révélateur impitoyable de ses failles.<br>Dans les quartiers, les rues ne ressemblent plus qu’à des mares stagnantes. Les passants n’y voient plus de bitume, seulement un miroir trouble d’eau croupie, où flottent des sachets plastiques, des épluchures légumes, des tasses qui ont servi à boire du café. Chaque taxi qui s’y aventure avance hésitant, les pneus engloutis par la gadoue. Les piétons, eux, sautillent d’une pierre branlante à un pavé mal scellé, et finissent quelques fois éclaboussés par le passage brutal d’un car Tata, indifférent aux cris indignés. Ce ballet grotesque de la survie urbaine peut être interrompu par les glissades maladroites d’un malchanceux, présent au mauvais endroit, au mauvais moment.<br></p>



<p>Hier, certaines écoles offraient une rentrée scolaire avec ses images attendrissantes de cartables neufs et de tenues impeccables. Mais leurs abords étaient des arènes d’anarchie. Voitures particulières et bus de ramassage stationnaient comme ils pouvaient, bloquant la chaussée déjà rétrécie par les flaques. Les klaxons fusent, les enfants zigzaguent entre les pare-chocs, et les trottoirs disparaissent sous les roues. Devant un de ces établissements, un employé, promu régulateur de fortune, agite les bras pour tenter d’ordonner ce capharnaüm. Mais très vite sa mission vire au supplice. Un chauffard lancé à vive allure l’éclabousse d’une gerbe de boue. Mais l’homme trempé, reprend sa tâche, comme un Sisyphe de la circulation.<br>Dans ce décor, les Dakarois rivalisent d’ingéniosité pour affronter la gadoue. On voit des femmes relever leurs boubous jusqu’aux genoux, enjambant les flaques avec la dignité des acrobates improvisés. Certains jeunes se déchaussent, préférant patauger pieds nus plutôt que d’abîmer des baskets chèrement acquises. D’autres se lancent dans des sauts improbables. Des motos, en véritables torpilles, foncent à travers la boue, éclaboussant tout sur leur passage. Entre éclats de rire nerveux, jurons adressés au ciel et soupirs de résignation, chacun compose avec l’absurde. À Dakar, marcher devient une punition, et reculer n’est pas une option.<br></p>



<p>Comme si l’eau n’était pas suffisante, les trottoirs ploient sous les détritus. Plastiques gonflés d’eau, cartons éventrés, restes de repas charriés par le ruissellement s’agglutinent en petites digues immondes. D’anciens marchands ambulants, devenus dans le jargon municipal, des « tabliers » ne cèdent pourtant pas un centimètre. Leurs étals trônent au milieu de ce désordre, imperméabilisés par une toile cirée bleue et l’affaire continue. L’économie de la débrouille ne connaît pas de saison, pas même celle de la pluie.<br>Sur les routes, d’autres scènes s’improvisent. Des voitures toussotent, s’arrêtent, puis s’ouvrent sur des capots fumants. Les chauffeurs, transformés en mécaniciens de circonstance, plongent les mains dans l’huile et l’eau mêlées, jurant contre la pluie ou contre le destin. Le tout se fait, bien sûr, en pleine chaussée, sous les regards furieux des automobilistes bloqués derrière eux. Les klaxons, loin de débloquer la situation, deviennent une symphonie de frustration partagée. Ici, la panne n’est pas une exception. C’est la scène d’un théâtre, jouée mille fois, en saison sèche comme en hivernage.<br>Comme si cela ne suffisait pas, les chantiers de construction ajoutent leur lot de désolation. C’est le cas du quartier du Point E, dont la légende dit qu’il a été créé en 1943 sous le maire Joseph Goux. Planifié, au tracé régulier, il se caractérisait d’abord par un habitat pavillonnaire cossu et des parcelles aérées. Autrefois havre résidentiel, le Point E a basculé avec une spéculation foncière qui a accéléré la reconstruction en hauteur, effaçant jardins et respirations. Les maisons autrefois plain pieds sont transformées en immeubles dont les rez-de-chaussée se muent en commerces, ateliers et concessionnaires colonisent trottoirs et contre-allées, tandis que le stationnement saturé engorge les voies. L’esthétique s’en trouve altérée avec des clôtures surhaussées, des façades hétéroclites, des alignements rompus et des « ajouts » bricolés qui banalisent l’ensemble.</p>



<p>L’assainissement, mis à l’épreuve des pluies, révèle une voirie dégradée. On « navigue » entre nids-de-poule, avaloirs bouchés, mares stagnantes.<br>Dans les interstices, les derniers témoins du « temps d’avant » se retrouvent étouffés par des immeubles massifs.<br>C’est ainsi qu’un espace conçu pour le confort résidentiel, sous l’effet d’une urbanisation précipitée, perd ses attributs de quiétude au profit d’une densité mal contenue.<br>Devant des immeubles aux colonnes de béton inachevées, s’entassent gravats, briques cassées et sable détrempé. La pluie transforme ces matériaux en boue épaisse, glissante, qui déborde sur les trottoirs déjà impraticables. Les passants contorsionnent leurs corps pour se faufiler entre un tas de pierres effondré et une flaque opaque, comme dans un parcours d’obstacles sans fin. La modernité prend des allures de ruines avant l’heure.<br></p>



<p>Et pourtant, Dakar vit. Elle survit même dans la tempête la plus dérisoire. Les taxis collectifs continuent de klaxonner pour racoler des passagers, dans une tension sourde, comme si chacun savait qu’à la prochaine pluie, rien ne changerait. Le quotidien s’improvise, au gré des flaques et des jurons.<br>Et dire que tout cela n’est causé ni par un ouragan tropical, ni par une mousson furieuse, mais par une petite pluie timide, de celles qui ailleurs lavent les trottoirs et font fleurir les jardins. Ici, elle fait crouler la circulation, transforme les trottoirs en dépotoirs flottants. Une pluie discrète, presque polie, qui ne tombe pas fort mais assez longtemps pour dévoiler la vérité. Dakar se noie dans un verre d’eau. On la dit capitale moderne, vitrine de l’Afrique émergente, mais il suffit de quelques gouttelettes obstinées pour qu’elle exhibe ses fragilités. Une soirée et une matinée de crachin suffisent au profane pour prendre conscience que l’avenir de cette ville dépendra de choix fermes. Encadrer la densification, réhabiliter l’espace public et préserver ce qui subsiste de son héritage. À l’heure des débats sur la sauvegarde du patrimoine et la qualité de vie, Dakar incarne les tensions entre mémoire, économie et impératif de planification.</p>



<p></p>
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		<title>Chronique de l’improviste</title>
		<link>https://farafinanews.com/chronique-de-limproviste/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Farafinanews]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 06 Aug 2025 14:07:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Karantaba]]></category>
		<category><![CDATA[Henriette Niang Kande]]></category>
		<category><![CDATA[ousmane sonko]]></category>
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					<description><![CDATA[Portes closes, regards froids : spectacle d’un accueilPar Henriette Niang Kandé En lançant les travaux de l’Agenda national de transformation du service public, le Premier ministre Ousmane Sonko a évoqué le premier obstacle que rencontrent les citoyens usagers du service public : l’accueil. L’accueil dans l’administration publique est un monstre tentaculaire aux mille guichets, où [&#8230;]]]></description>
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<p>Portes closes, regards froids : spectacle d’un accueil<br>Par Henriette Niang Kandé<br></p>



<p>En lançant les travaux de l’Agenda national de transformation du service public, le Premier ministre Ousmane Sonko a évoqué le premier obstacle que rencontrent les citoyens usagers du service public : l’accueil.<br></p>



<p>L’accueil dans l’administration publique est un monstre tentaculaire aux mille guichets, où chaque couloir est un piège, chaque bureau un mirage, chaque agent un sphinx muet ou mal luné. L’accueil est ce mot galvaudé qu’on ne croise dans l’administration sénégalaise que sur les plaques signalétiques poussiéreuses ou les pancartes défraîchies, jamais dans les attitudes.<br>Il faut dire que pour espérer un renseignement, il faut d’abord trouver l’agent à son poste. Là, l’accueil commence par un froncement de sourcils, se poursuit par un « OUI ? » crié comme une sommation, et se termine par un « Revenez demain » prononcé avec la grâce d’un coup de marteau.<br>D’autres fois quand la chance vous sourit, il faut le ou la trouver disponible car en train de discuter du dernier combat de lutte, ou du fond de teint matifiant vu sur TikTok, enfin, ne pas les trouver de mauvais poil parce qu’il ou elle a vécu une scène de ménage la veille, et en dernier lieu, comprendre la réponse, souvent prononcée dans un jargon administratif hermétique, en pointant du doigt un couloir sans nom. Et si, par miracle, tout cela fonctionne, il reste une dernière épreuve, celle du petit commentaire sur votre nom, votre tenue ou le fait que vous soyez venu « sans connaitre quelqu’un ».<br>Il arrive également que le premier réflexe de l’agent d’accueil est de lever les yeux au ciel, soupirer, (quelques fois bruyamment), puis de vous toiser comme si vous veniez d’interrompre une opération à cœur ouvert. Et s’il ou elle consent à vous répondre, ce sera pour vous expédier à un autre étage, un autre couloir, un autre service… où l’on vous renverra à votre point de départ. Oui, l’administration sénégalaise pratique la danse des chaises musicales version Kafka : « Bonjour, ce n’est pas ici. Essayez au fond à gauche, puis demandez à Madame Ndiaye, si elle est là ».<br></p>



<p>D’autres fois le préposé à l’accueil semble sorti tout droit d’une tragédie grecque. Impassible, inaccessible, et toujours en train d’écrire quelque chose d’incompréhensible, surtout quand vous vous approchez et que vous constatez qu’il mastique son sandwich tout en marmonnant de revenir avec le « papier avec le cachet rouge qui est resté chez l’agent du deuxième étage ».<br>Alors, vous vous mettez à douter. Etes-vous dans un service public ou dans un jeu de piste sadique ? On ne vous guide pas. On vous teste. Les plus faibles abandonnent dès la première rotation entre guichet 4 et bureau 12B. Les plus résistants s’accrochent, au prix de leurs nerfs, résistant à un accueil qui est devenu un concept mystique où les couloirs sont longs, les portes fermées, les visages rares. Si par miracle vous croisez un agent compatissant, il vous indiquera un certain Monsieur Ndiaye, qui n’est là que les mardis et jeudis. Entre temps, votre dossier prend la poussière, comme vos illusions.<br></p>



<p>Le Premier ministre a dit vouloir « professionnaliser l’accueil ». Noble intention. Mais par où commencer ? Parce que le drame c’est que bon nombre de ces agents ne savent pas eux-mêmes ce qu’ils font là. Affectés par magie ou népotisme, ils errent… assis dans un fauteuil. Leur seule arme est cette capacité extraordinaire à faire semblant d’être occupés tout en ne faisant rien. Le seul renseignement qu’ils donnent avec exactitude, c’est l’heure de leur pause.<br>Alors, réformer l’accueil ? Oui. Il faudra plus que des ateliers de formation ou des diapos projetés dans une salle climatisée. Il faudra d’abord enseigner à ces champions du soupir profond et du regard foudroyant que répondre à un usager n’est pas un don divin, ni un acte de charité. C’est une mission, un métier, une fonction publique, pas une punition expiée à coups de mauvaise humeur. Parce que soyons honnêtes. Dans bien des administrations, le mot « bonjour » est un dialecte mort. Faut-il apprendre à dire « bonjour » ? À lever les yeux de son écran ? À orienter sans humilier ? Peut-être faudrait-il surtout rappeler à ces soldats de l&rsquo;accueil que leur mission n&rsquo;est pas de garder des chaises, mais de servir des citoyens.<br>Car tant que l’on continuera à considérer l’usager, le citoyen comme un intrus et l’agent comme un demi-dieu, nos couloirs d’administration resteront des labyrinthes</p>
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		<title>Chronique de l’improviste : greffages, perruques et paranoïa administrative (Par Henriette Niang KANDÉ)</title>
		<link>https://farafinanews.com/chronique-de-limproviste-greffages-perruques-et-paranoia-administrative-par-henriette-niang-kande/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Farafinanews]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 18 Jul 2025 20:43:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Karantaba]]></category>
		<category><![CDATA[Henriette Niang Kande]]></category>
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					<description><![CDATA[Il est des jours où l’on se demande si certains directeurs généraux ne confondent pas leur bureau avec le trône d’un royaume imaginaire. Voici donc que, du haut de son piédestal de moquette et de nœud papillon amidonné, le directeur général du Grand Théâtre national du Sénégal s’est érigé en arbitre des élégances capillaires et [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Il est des jours où l’on se demande si certains directeurs généraux ne confondent pas leur bureau avec le trône d’un royaume imaginaire. Voici donc que, du haut de son piédestal de moquette et de nœud papillon amidonné, le directeur général du Grand Théâtre national du Sénégal s’est érigé en arbitre des élégances capillaires et des pigments cutanés. Dans une « note de service » au sérieux chirurgical, il interdit, tenez-vous bien, le port de greffages, de perruques et la pratique de la dépigmentation. Rien que ça. On croirait un décret tombé d’un royaume d’opérette, où l’on confond « mission culturelle » et obsession capillaire.<br></p>



<p>Il paraît que cela visait à « préserver l’image de l’institution » et à promouvoir « les valeurs panafricaines ». Comme si des tissages peuvent faire s’effondrer les colonnes du Grand Théâtre. Comme si les mèches sont des armes de destruction massive. Pourtant, ces mêmes femmes, avec ou sans perruque, sont celles qui assurent la marche de sa direction, préparent les logistiques, coordonnent les programmes. Elles travaillent pendant que Monsieur inspecte la brillance du cheveu humain synthétique et scrute la carnation des coudes, à défaut de scruter les états financiers.<br>Soit. Poussons la logique jusqu’au bout. Puisque le paraître est objet de règlement intérieur, on aurait pu attendre avec impatience la note suivante : interdiction aux hommes de venir au travail avec des cheveux teints, des ventres ballonnés ou des costards imitation « grands couturiers ». On pourrait même y glisser une clause contre les nœuds papillon qui donnent des airs de gourou d&rsquo;une secte capillairement frustrée.<br>Qu’on se comprenne bien : la dépigmentation est un véritable fléau sanitaire. Elle détruit la peau, altère la santé, et alimente un imaginaire dangereux fondé sur le rejet de soi. C’est un combat légitime que de vouloir l’endiguer. Mais ce combat ne se mène pas avec des interdictions infantilisantes et sexistes. Il passe par l’éducation, la sensibilisation, la valorisation des peaux noires, pas par des circulaires dignes d’un manuel de surveillance en colonie.<br></p>



<p>Quant aux greffages et perruques, faut-il rappeler à ce directeur que ce sont des choix esthétiques, parfois économiques, souvent pratiques ? Est-ce qu’on interdit aux hommes de se raser la tête pour cacher la calvitie ? De porter des faux cols pour allonger le cou ? Où commence la liberté de se présenter au monde comme on l’entend, et où finit le délire d’un chef d’établissement trop zélé ?<br>En réalité, ce qui dérange ici, ce n’est pas la perruque. Ce n’est pas le greffage. Ce n’est même pas la dépigmentation. Ce qui dérange, c’est qu’un homme, grisé par un soupçon d’autorité, s’autorise à fixer des normes esthétiques à des femmes qui, elles, sont là pour travailler, pas pour plaire à ses fantasmes d&rsquo;authenticité.<br></p>



<p>La beauté, le style, le choix capillaire ou vestimentaire, relèvent de la sphère privée tant qu’ils ne compromettent pas l’exercice professionnel. Or, ce qui est ici en cause, ce n’est pas l’efficacité des employées, mais leur conformité à un canon subjectif décrété « panafricain ». En prétendant redresser l’image d’une institution par la restriction de la liberté des femmes, le directeur oublie que l’éthique professionnelle ne se coiffe pas et ne se maquille pas. Elle se manifeste dans la rigueur, la compétence, l’engagement.<br></p>



<p>Lui, il regarde les cheveux des femmes. Mais jamais leur CV. Il mesure la longueur des mèches, pas celle des compétences. Il repère les perruques mais jamais les idées. Il écoute les claquements des talons sur le carrelage, mais jamais les propositions.<br>Ce qui transpire entre les lignes amidonnées de cette note de service, c’est surtout un sexisme crasse, moisi, rassis, qui s’invite dans l’administration comme un mauvais parfum dans un huis clos mal aéré. Cette circulaire n’a visé ni les barbes mal taillées ni les crânes dégarnis. Non. Elle a visé exclusivement les femmes. Leur liberté de se coiffer. Leur droit de se présenter au travail dans des tenues décentes, mais comme bon leur semble. Et si, pour une fois, on laissait les femmes être compétentes avec ou sans perruque, et qu’on demandait aux directeurs d’être discrets avec ou sans nœud papillon ?<br>Dans une société moderne, l’autorité tire sa légitimité non de l’arbitraire, mais de la raison, de la justice et du service du bien commun. Lorsqu’un dirigeant, même dans le cadre d’une institution culturelle, se met à imposer des normes esthétiques, il outrepasse sa mission : celle de garantir des conditions de travail équitables, respectueuses des libertés individuelles. Plus fondamentalement, cette posture trahit un fantasme d’autorité, celui d’un pouvoir qui croit pouvoir réglementer jusque sur les corps, comme si l’habit faisait la dignité, et la coiffure, la moralité. C’est confondre l’ordre avec l’obsession, la responsabilité avec le contrôle.<br></p>



<p>On pensait avoir tout vu, mais non. Après la tempête, le capitaine a cru bon de sortir une vidéo dans la nuit, pensant peut-être, qu’à la lumière des caméras, ses arguments passeraient mieux. « Je veux défendre l’identité africaine », Rien que çà ! Il ignore que la culture ne se mesure pas à la longueur des mèches ni à la teinte d’un fond de teint. Que l’histoire capillaire de ce continent ne se résume pas à une charte d’entreprise digne d’un salon de contrôle de la bienséance coloniale. Ce directeur, qui veut « valoriser l’image identitaire » ignore visiblement que l’identité s’imagine, se danse, se chante… Elle ne se décrète pas par circulaire. Elle n’est jamais une donnée figée, mais une construction mouvante, tissée entre mémoire, regard d’autrui et désir de soi. Elle oscille entre l’héritage que l’on porte et la liberté que l’on prend pour s’en affranchir. Être soi, c’est donc apprendre à se reconnaître dans ce qui change, autant que dans ce qui demeure. À trop jouer les arbitres du bon goût, il en a oublié le sens même du mot culture : liberté, diversité, expression. Trois mots qui, visiblement, ne figurent pas dans sa trousse de toilette idéologique.<br></p>



<p>Hier dans la matinée, miracle ! Tel un fakir revenu à la raison après avoir marché sur trop de braises brûlantes d’indignation publique, le même homme retire sa note. Et dans un communiqué au vernis lisse comme un brushing, il invoque un « malentendu professionnel » et une volonté de « clarifier le cadre de fonctionnement ». En clair, il a compris qu’il nageait à contre-courant, sans bouée et sans shampooing.<br>En 2025, au Sénégal, on mérite mieux qu’un théâtre où l’on joue à réglementer les mèches pendant que les rideaux de la compétence restent fermés. Si une femme est performante, créative, ponctuelle et rigoureuse, mais qu’elle porte une perruque ? Et après ? Et si elle a la peau trop claire au goût du directeur serait-elle à « rééduquer » ? En revanche, la note de service nous donne à penser que si une femme est médiocre mais naturelle comme un spot publicitaire vantant du karité, elle coche peut-être les cases. Voilà où mène le glissement d’un pouvoir administratif vers une pathologie esthétique. On dirait un vieux feuilleton colonial qui revient par la porte du théâtre national, version autoritarisme et lubies capillaires.<br></p>



<p>Ce directeur n’est pas chef d’institution. Il est chef de rayon dans un salon de beauté. Et encore, un salon où l’on te vire si tu ne corresponds pas à son goût personnel. Il est incapable de diriger une équipe. Il régente des apparences. Il ne promeut pas la culture, il administre ses complexes. Qu’il commence par se coiffer les idées, avant de vouloir décoiffer les femmes. Et qu’il sache enfin que la compétence ne s&rsquo;attache ni aux mèches, ni aux peaux, mais à ce qu’on a dans la tête. Ce qui, manifestement, lui manque.<br>Au final, ce monsieur n’a ni le profil, ni la fibre, ni la posture d’un gestionnaire d’institution culturelle. Et puis, peut-être frustré par sa propre transparence managériale, il s’imagine qu’un afro naturel est une stratégie de gouvernance. Et que l’ennemi du progrès se cache dans une mèche brésilienne. Dans tous les cas, et en attendant, les perruques ont gagné. Et lui, il s’est décoiffé tout seul.</p>


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		<item>
		<title>Chronique de l&#8217;improviste Sculptées, liftées, perdues : plongée dans une beauté sous anesthésie (Par Henriette Niang Kandé)</title>
		<link>https://farafinanews.com/chronique-de-limproviste-sculptees-liftees-perdues-plongee-dans-une-beaute-sous-anesthesie-par-henriette-niang-kande/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Farafinanews]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 23 Jun 2025 03:19:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Ubuntu]]></category>
		<category><![CDATA[Henriette Niang Kande]]></category>
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					<description><![CDATA[Dans un monde où l’algorithme a remplacé le miroir, et où la validation sociale tient dans un like bien dodu, le Sénégal n’échappe pas à la grande messe planétaire de la chirurgie esthétique. Les bouches se gonflent, les fesses prennent du galon, et les ventres disparaissent comme par magie… ou plutôt par scalpel. Bienvenue dans [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Dans un monde où l’algorithme a remplacé le miroir, et où la validation sociale tient dans un like bien dodu, le Sénégal n’échappe pas à la grande messe planétaire de la chirurgie esthétique. Les bouches se gonflent, les fesses prennent du galon, et les ventres disparaissent comme par magie… ou plutôt par scalpel. Bienvenue dans l’ère de la renaissance sous facturation, souvent sans garantie de reprise, ni service après-découpe au scalpel.</p>



<p>À première vue, rien de plus banal que de jeunes femmes montant dans un vol à destination d’Istanbul, de Tunis ou de « New-York, sac Louis Vuitton (version fake), passeport serré contre le cœur, et rêvent d’avoir « la silhouette vue sur Instagram ». Elles quittent le pays, seules, direction une clinique au nom plein de promesses : «Body Perfect », « Clinique Renaissance » ou « Beauty Empire ». Elles s’envolent ainsi vers des oasis artificielles de beauté, pour subir ce qu’on appelle une liposuccion, une rhinoplastie, une augmentation mammaire ou un lifting brésilien des fesses (ou Brazilian Butt Lift), une technique qui consiste à aspirer la graisse du ventre pour la réinjecter dans les fesses. En résumé : on leur pompe le gras pour les leur remettre là où leur ego pense que leur avenir se joue. Le plus ironique ? Ces cliniques « miracles » promettent souvent une transformation physique garantie, mais oublient de préciser que la chirurgie esthétique ne guérit ni l’estime de soi, ni les complexes, ni les commentaires perfides de badiène Khady lors des cérémonies familiales.</p>



<p>Là-bas, elles sont accueillies par un traducteur approximatif, une feuille de consentement en turc, en arabe, en russe ou en anglais, qu&rsquo;elles signent comme on signe un chèque en blanc, et un médecin dont le diplôme est plus difficile à trouver qu’un rendez-vous au service d’un hôpital public sénégalais.</p>



<p>Anesthésiées et abandonnées, elles se réveillent parfois avec la poitrine d’une autre, un postérieur différent, ou un ventre si plat qu’il semble avoir aspiré leur dernier bon sens. Le souci ? Parfois, ce n’est pas qu’un bout de graisse qui a disparu. Certaines se plaignent de douleurs inexpliquées, d’irrégularités organiques… et des médecins locaux qui soupçonnent qu’il arrive que l’on profite de leur anesthésie pour leur prélever un rein, un ovaire, et un … peu de dignité en prime.</p>



<p>Ces suspicions restent difficiles à vérifier, entre la honte des victimes et l’absence de recours juridiques. Les contrats ? Signés dans une langue étrangère. L’assurance ? Inexistante. Le chirurgien ? Injoignable. Les photos avant-après ? Spectaculaires, sauf quand il faut cacher les cicatrices avec un filtre sur Snapchat. Pourtant, le business prospère. Sur les réseaux sociaux, les agences de voyages rivalisent de forfaits « Tout compris : vol + liposuccion + hôtel 3 étoiles + pansements stériles ». Les influenceuses, nouvelles prêtresses de la silhouette parfaite, étalent leurs nouveaux corps millimétrés sur tik tok.</p>



<p>En parallèle, les faits divers s’empilent comme les couches de silicone : hémorragies, infections, chocs septiques, malaises, femmes ramenées sur des brancards en classe économique avec comme seule compagnie un coussin anti-pression. Certaines n’en reviennent tout simplement pas. Littéralement.</p>



<p>Un médecin sénégalais, qui a déjà récupéré les dégâts laissés par des aventures chirurgicales, confie : « On recoud, on désinfecte, on tente de sauver ce qui reste. Mais dans certains cas, c’est leur vie qui est en jeu. » Il évoque une patiente ayant perdu l’usage d’un bras après une liposuccion ratée. À ce rythme, on se demande si ce n’est pas le cerveau qu’on leur a aspiré au passage.</p>



<p>Mais comment leur jeter la pierre ? À force d’être bombardées de standards où la femme parfaite est une version photoshoppée d’une quelconque chipie vedette sur le Net, certaines finissent par croire que le bonheur passe par un passage chez le chirurgien. Les réseaux sociaux martèlent : « Si tu ne t’aimes pas, change-toi. » Et le Sénégal, comme le reste du monde, a décidé de s’exécuter.</p>



<p>Résultat. Une course à la retouche corporelle, où la santé devient un détail, et la douleur, un passage obligé pour mériter le regard approbateur d’un homme qu’elles ne rencontreront peut-être jamais. Le plus cocasse ? Après l’opération, plusieurs doivent réapprendre à marcher, dormir sur le ventre pendant deux mois, ou porter des gaines compressives pendant des semaines. La souffrance est au programme, mais que ne feraient-elles pas pour quelques stories biens cadrés ?</p>



<p>Et puis, il y a ces moments tragi-comiques du retour au pays. L’une d’elles a raconté qu’à l’aéroport Blaise Diagne, l’agent des douanes ne l’a pas reconnue. Pas pour une question de faux papiers, non. Mais parce que la photo du passeport appartient à une ancienne version d’elle-même. En quittant Dakar, sur la photo du passeport, c’était une femme aux traits doux, aux joues et aux lèvres naturelles. Celle-là avait disparu. Au retour, après un séjour plus long que prévu, elle arboraitdes pommettes saillantes, un menton taillé comme une pièce d’échiquier, et une bouche qui donnait l’impression d’avoir sucé une ruche entière. A la maison, son fils, après l’avoir regardée et scrutée de bas en haut lui a demandé, hésitant : « maman, c’est toi ? ».</p>



<p>À force de vouloir ressembler à un filtre, certaines finissent par se défigurer. Le plus frappant, c’est qu’elles ne se reconnaissent plus elles-mêmes. Dans le miroir, c’est une étrangère qui se regarde. Et parfois, ce miroir devient un adversaire. Les selfies s’enchaînent, jamais satisfaisants. Une retouche en appelle une autre. Une<br>« petite injection de botox» entraîne une rhinoplastie, qui mène à un lifting du cou. Elles deviennent accros. Au final, on croirait voir une galerie de visages générés par intelligence artificielle. Le seul muscle qu’elles n&rsquo;ont pas fait travailler, c’est bien l’estime d’elles-mêmes.</p>



<p>Et les conséquences sont aussi sociales que physiologiques. Certaines marchent comme des manchots empâtés, post-opération oblige et le postérieur nouvellement importé, refusede s’adapter au mobilier sénégalais.</p>



<p>À vouloir séduire le monde entier, elles se perdent elles-mêmes. Et à chercher la beauté dans un bistouri, elles oublient que le plus bel organe d’une femme, ce n’est ni ses fesses, ni ses seins, mais bien sa capacité à s’aimer entière et vivante. Bref, à force de vouloir s’améliorer, certaines finissent par disparaître derrière une version fantasmée d’elles-mêmes. Ce n’est plus une transformation, c’est une disparition. Un hold-up esthétique où l’identité est la première victime. Et pendant ce temps, les cliniques encaissent, les réseaux glorifient, et le bon sens observe… en silence.</p>



<p>Des maris commencent à se plaindre. Non pas de la transformation, mais de l’ambiance post-opératoire : trois mois sans relations intimes, six mois de bandages compressifs, et une épouse transformée en créature bionique qui gémit à chaque mouvement. Et puis, surtout, cette impression troublante de dormir avec quelqu’un d’autre.</p>



<p>En attendant, les vols vers les paradis du scalpel low costcontinuent de décoller. Et les femmes sénégalaises, à la recherche d’un nouveau nez, d’un menton saillant ou d’un popotin qui fait klaxon, y vont le cœur gonflé à bloc, espérant qu’à leur retour, le reste le soit tout autant.</p>



<p>Il est temps de lever la voix. Les collectifs de médecins, les associations féminines, les journalistes, ont le devoir d’appeler à la vigilance, plaider pour des campagnes de sensibilisation, et surtout un retour à l’amour de soi, ce vieux concept passé de mode mais toujours efficace, et gratuit.</p>



<p>Pendant qu’elles soufflent sur leurs cicatrices comme on souffle sur une bougie d’anniversaire ratée, le bistouri, lui, continue son tour du monde. Il promet des tailles fines, mais taille aussi les économies, les organes… et parfois la vie. Au fond, la vraie chirurgie à faire, c’est peut-être celle de l’égo. Mais bon, ça, aucune clinique ne le propose encore. Et surtout, ça ne donne pas 10.000 likes sur Instagram.</p>



<p>Mesdames, avant de réserver un vol pour un ventre plat et des fesses aériennes, pensez à réserver un peu d’estime de soi. Si vous êtes faites en 3D naturelle, ce n’est pas pour finir version plastique made in Istanbul, New York ou Tunis. Faites-vous un lifting du cerveau, c’est moins risqué et ça ne nécessite pas de gaine post-opératoire. Et souvenez-vous : les vraies reines n’ont pas besoin de silicone pour briller, juste d’un bon éclairage intérieur. C’est largement suffisant.</p>
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