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	<title>Aliou Gori Diouf Archives -</title>
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	<title>Aliou Gori Diouf Archives -</title>
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		<title>Décentrer l’anthropocentrisme du développement : un impératif pour repenser notre avenir</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Farafinanews]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 03 Aug 2025 12:26:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Karantaba]]></category>
		<category><![CDATA[Aliou Gori Diouf]]></category>
		<category><![CDATA[plan de redressement économique]]></category>
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					<description><![CDATA[Par Dr Aliou Gori DIOUF Alors que les crises écologiques s’intensifient et que la transition verte devient un mot d’ordre international, la réflexion sur le développement reste piégée dans un cadre anthropocentrique. Cette réflexion est un plaidoyer pour un changement de paradigme en profondeur : un développement fondé non plus uniquement sur le bien-être humain, [&#8230;]]]></description>
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<p><strong>Par Dr Aliou Gori DIOUF</strong></p>



<p>Alors que les crises écologiques s’intensifient et que la transition verte devient un mot d’ordre international, la réflexion sur le développement reste piégée dans un cadre anthropocentrique. Cette réflexion est un plaidoyer pour un changement de paradigme en profondeur : un développement fondé non plus uniquement sur le bien-être humain, mais sur une co-finalité intégrant de manière équivalente la santé des écosystèmes. Ce plaidoyer appelle les économistes, les scientifiques, les décideurs et les citoyens à repenser leurs rôles dans la construction d’un avenir réellement soutenable.</p>



<p>L’humain au centre de tout. Le développement, tel qu’il est encore largement conçu aujourd’hui, demeure fondamentalement anthropocentrique. Il est défini comme un ensemble de transformations – techniques, politiques, sociales, économiques, culturelles, qui visent l’amélioration des conditions de vie humaines, tant sur le plan matériel que moral ou spirituel. Même lorsque l’on évoque des dimensions comme la durabilité ou l’environnement, c’est souvent dans une logique d’amélioration du bien-être humain que ces considérations sont convoquées.</p>



<p>L’oubli des écosystèmes. Cette approche, qui place l’humain au centre de tout, traduit une séparation implicite entre l’homme et les écosystèmes, comme si ceux-ci n’étaient que des décors ou des ressources au service de l’épanouissement humain. L’une des preuves les plus manifestes de cette vision centrée sur l’humain est l’incapacité des politiques de développement à reconnaître l’humain comme un élément intégré des écosystèmes, à la fois dépendant et potentiellement destructeur de ces systèmes naturels.</p>



<p>Pas de bien-être humain en dehors des écosystèmes. Le bien-être humain, aussi bien matériel que spirituel et moral, ne peut pourtant être envisagé en dehors des écosystèmes. Cette vérité essentielle a été occultée par les modèles successifs de développement, qu’ils soient précapitalistes ou capitalistes –, et plus encore par le modèle néolibéral dominant. Ce dernier a accéléré la destruction des écosystèmes, entraînant dans son sillage des crises écologiques majeures aux conséquences sanitaires, sociales, économiques et culturelles d’une gravité alarmante.</p>



<p>L’impasse du « mainstreaming  environnemental et climatique». Face à ces désastres, des tentatives de correction ont émergé, cherchant à intégrer les enjeux écologiques dans les politiques de développement. Cette démarche, connue sous le nom de mainstreaming environnemental et climatique, consiste à insérer des considérations écologiques dans un modèle de développement qui reste, dans sa structure profonde, centré sur l’humain. Bien que cette approche constitue un progrès par rapport à l’indifférence totale qui a prévalu, elle demeure insuffisante.</p>



<p>Greffe ou refondation ? Le problème fondamental, c’est qu’on ne remet pas en question le cadre initial, avec la démarche du mainstreaming environnemental et climatique. En insérant des préoccupations écologiques dans un système anthropocentré, on se contente de greffer des éléments marginaux à un corps conceptuel déjà formé et dominateur. Le mainstreaming devient alors un bricolage, une tentative de réparation sans refondation, qui perpétue l’hégémonie de l’humain au détriment de l’équilibre global.</p>



<p>Repenser l’économie à la racine. Ce plaidoyer appelle donc à un changement de paradigme profond et transversal, qui doit commencer par les disciplines qui structurent la pensée et les décisions en matière de développement.<br>Au premier rang de ces disciplines figure l’économie. Les économistes, souvent au cœur de la planification des politiques publiques, sont aujourd’hui appelés à une véritable révolution intellectuelle. Il est temps de reformater la pensée économique, de repenser l’économie non plus comme une science autonome de production, de transformation, de distribution et de consommation de richesses déconnectée des écosystèmes, mais comme une science indissociablement liée à la santé des écosystèmes.</p>



<p>L’économie ne peut plus ignorer la valeur et l’intégrité écologique comme si les écosystèmes étaient des variables exogènes ou de simples externalités. Le monde a besoin d’économistes capables de comprendre les dynamiques écologiques, les cycles naturels, les capacités de régénération, mais aussi les seuils de rupture. Comprendre la valeur des écosystèmes et les coûts souvent irréversibles de leur dégradation doit devenir central dans la formation, la recherche et la pratique économique.</p>



<p>Toutes les sciences doivent évoluer. Mais cette révolution ne peut s’arrêter à la science économique. Toutes les disciplines scientifiques sont concernées, car aucune activité humaine – qu’elle soit technologique, médicale, sociologique ou juridique – n’est sans impact sur les écosystèmes. Il est urgent que l’intégrité écologique, la vulnérabilité des milieux, leurs apports essentiels à la vie et à la stabilité des sociétés, soient intégrés dans la conception et la mise en œuvre de toutes les formes de science.</p>



<p>Un tournant culturel et social. Le changement de paradigme attendu doit également s’étendre à la gouvernance politique, aux politiques publiques, mais aussi, et surtout, aux comportements sociaux. La manière dont les individus, les communautés et les institutions interagissent avec la nature doit profondément évoluer. Autant la reproduction sociale et économique est considérée comme une finalité légitime, autant la reproduction écologique – c’est-à-dire la capacité des écosystèmes à se maintenir, se régénérer et prospérer, doit devenir une priorité structurante de nos comportements collectifs.</p>



<p>Vers une nouvelle co-finalité du développement. Il ne s’agit plus simplement de « protéger l’environnement », mais de reconnaître que tout projet humain, qu’il soit économique, culturel ou spirituel, repose sur des fondations écologiques. À ce titre, l’intégrité, la santé et le bien-être des écosystèmes doivent être considérés comme des objectifs aussi fondamentaux que ceux liés à l’épanouissement humain.</p>



<p>Pour un développement soutenable pour les écosystèmes dans l’avenir. Il est temps d’opérer un véritable basculement conceptuel : décentrer l’anthropocentrisme du développement. Cela signifie repenser les finalités du développement non plus uniquement à l’aune du bien-être humain, mais en intégrant de manière équivalente le bien-être des écosystèmes. Mieux encore, il faut reconnaître que l’un ne peut aller sans l’autre.</p>



<p>La coexistence entre bien-être humain et bien-être écologique ne peut être une relation hiérarchisée, où l’environnement serait subordonné aux besoins de l’homme. Il s’agit d’une co-finalité : toute politique de développement véritablement soutenable doit viser simultanément ces deux objectifs.</p>



<p>Cela implique de revoir nos priorités de développement à la racine. Il ne suffit plus d’« insérer » des préoccupations écologiques dans des logiques humaines préexistantes ; il faut que ces préoccupations deviennent structurantes, fondatrices. Le développement ne doit plus être une trajectoire de transformation de l’humain « dans son monde », mais une co-évolution de l’humain dans son milieu, en interdépendance avec les autres formes de vie.</p>



<p>Décentrer l’anthropocentrisme, ce n’est pas nier la dignité humaine ni la légitimité de rechercher l’épanouissement de nos sociétés. C’est au contraire reconnaître que cet épanouissement ne peut être authentique ni durable s’il se construit contre ou en dehors des écosystèmes. Il est temps de sortir d’un développement à sens unique pour entrer dans une dynamique de réciprocité écologique. C’est là, et seulement là, que peut s’inventer un avenir soutenable.</p>



<p>Nous ne construirons pas un avenir soutenable en greffant des considérations écologiques à un modèle de développement centré sur l’humain. Il est temps de sortir du bricolage et de refonder nos priorités : placer le bien-être des écosystèmes au même niveau que celui des humains, repenser l’économie, transformer la science, revoir la gouvernance, et réorienter nos comportements. Car il n’y a pas d’humanité viable sans milieux vivants sains.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>L’approche sectorielle du changement climatique, un blocage aux financements et aux politiques climatiques (Par Dr Aliou Gori DIOUF)</title>
		<link>http://farafinanews.com/lapproche-sectorielle-du-changement-climatique-un-blocage-aux-financements-et-aux-politiques-climatiques-par-dr-aliou-gori-diouf/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Farafinanews]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Jul 2025 11:04:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Ubuntu]]></category>
		<category><![CDATA[Aliou Gori Diouf]]></category>
		<category><![CDATA[Climat]]></category>
		<category><![CDATA[Conférence de Séville]]></category>
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					<description><![CDATA[À l’occasion de la Conférence mondiale sur le financement du développement, ouverte ce lundi 30 juin en Espagne, nous partageons une réflexion critique inspirée par la dernière publication de la Climate Policy Initiative (CPI), consacrée au paysage mondial du financement climatique. Introduction Ce rendez-vous international de haut niveau constitue, à notre avis, un cadre opportun [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p> À l’occasion de la Conférence mondiale sur le financement du développement, ouverte ce lundi 30 juin en Espagne, nous partageons une réflexion critique inspirée par la dernière publication de la Climate Policy Initiative (CPI), consacrée au paysage mondial du financement climatique.</p>



<p> <strong>Introduction</strong></p>



<p>Ce rendez-vous international de haut niveau constitue, à notre avis, un cadre opportun pour interroger les dynamiques actuelles du financement du développement, mais aussi pour examiner de manière approfondie les avancées, les limites et les perspectives du financement climatique mondial.</p>



<p>La Climate Policy Initiative (CPI) établit régulièrement un état des lieux du financement climatique mondial à travers des publications fondées sur la compilation rigoureuse de données issues de multiples sources et acteurs. Ces rapports visent à analyser les flux financiers destinés à lutter contre le changement climatique, tant à travers l’adaptation que l’atténuation.C’est dans ce contexte que nous proposons une lecture critique des constats posés par la CPI, en y apportant une grille d’analyse centrée sur les limites structurelles de l’architecture institutionnelle actuelle et sur la nécessité d’un changement de paradigme pour accélérer les politiques climatiques.</p>



<p> 1. La Climate Policy Initiative alerte</p>



<p>La publication de la CPI, parue en juin 2025 et portant sur les flux financiers de l’année 2023, dresse un bilan actualisé et détaillé des ressources mobilisées pour faire face au changement climatique, tant pour l’atténuation que pour l’adaptation. Elle met en lumière des progrès encourageants, mais également des alertes majeures sur les menaces qui pèsent sur la mobilisation future des ressources. Si une analyse approfondie des résultats fera l’objet d’un autre document, nous proposons ici une réflexion critique inspirée par l’alerte majeure et les menaces qui pèsent sur la mobilisation future des ressources identifiées par la CPI. La CPI alerte :« Même si les investissements climatiques sont en hausse, les événements géopolitiques en cours en freinent l’élan, risquant d’accentuer la fragmentation et d’avoir un impact sur les flux futurs. Le changement climatique ne s’interrompra pas du fait de priorités politiques changeantes – des politiques climatiques accélérées et des investissements renforcés sont nécessaires pour garantir la stabilité et la sécurité socio-économiques. Une telle action ouvre également de vastes perspectives de développement économique, de création d’emplois, de compétitivité et de prospérité à long terme. L’alternative – le statu quo – ne fera qu’aggraver les dommages économiques, sociaux et environnementaux dans le monde entier. » Cette alerte met en évidence un risque additionnel : l’imprévisibilité des changements de priorités politiques, dictés par des crises géopolitiques susceptibles de surgir à tout moment. Ces crises peuvent entraîner une réaffectation des ressources financières initialement prévues pour l’action climatique vers d’autres priorités nationales. </p>



<p>En réponse, CPI recommande l’adoption de politiques climatiques accélérées, accompagnées d’investissements soutenus, comme gage de stabilité et de sécurité socio-économiques. Selon l’Initiative, une telle dynamique serait porteuse d’opportunités concrètes pour le développement, la compétitivité, l’emploi et la prospérité à long terme. À défaut, les pertes économiques, sociales et écologiques risquent de s’aggraver.</p>



<p> 2. Un statu quo toujours constaté et dénoncé mais toujours mal compris</p>



<p>Cette mise en garde, bien que particulièrement pertinente et réaliste, n’est pas nouvelle. Elle est récurrente dans la littérature sur l’action climatique depuis plusieurs années. Pourtant, les progrès dans la mobilisation des ressources financières et la mise en œuvre accélérée des politiques climatiques demeurent limités. Ce statu quo est régulièrement dénoncé par les États les plus vulnérables et par la majorité des organisations de la société civile du Sud global comme du Nord.</p>



<p> Mais il y a une question rarement posée : pourquoi la léthargie persiste-t-elle malgré les constats et dénonciations ? Peu d’analyses interrogent véritablement les causes profondes de cette inertie. Nous formulons ici l’hypothèse que cette situation découle d’une compréhension biaisée de la problématique climatique – et plus largement environnementale – perçue à tort comme une question strictement sectorielle. </p>



<p>3. La dérive sectorielle et sa traduction institutionnelle</p>



<p>Dans la quasi-totalité des pays membres de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC), la réponse au changement climatique a été presque systématiquement institutionnalisée via la création de ministères de l’Environnement, devenus les principaux porteurs des politiques climatiques. </p>



<p>Cette « ministérialisation » de la question climatique a conduit à une sectorialisation de fait : on applique une approche sectorielle à une question multisectorielle, voire transsectorielle. La question climatique est institutionnellement réservée aux ministères de l’environnement. Pourtant, dans les discours, les acteurs reconnaissent à l’unanimité que le changement climatique est une problématique multisectorielle, voire transversale. Ce paradoxe – une approche sectorielle pour un enjeu fondamentalement transversal – explique en grande partie l’absence d’accélération des politiques climatiques. </p>



<p>Les efforts déployés par les ministères de l’Environnement, bien que louables, ne suffisent pas à impulser un changement systémique. 4. Un changement de paradigme vers une gouvernance climatique qui donne aux secteurs la place qui leur sied est nécessaire. Aucune politique climatique ambitieuse ne pourra émerger tant que les autres ministères, ceux qui sont impactent et sont impactés par le changement climatique, ne seront pas impliqués de manière équivalente. Il est impératif que les ministères de l’Économie et des Finances, des Infrastructures, des Transports, de l’Énergie, de l’Agriculture, de l’Élevage, de la Pêche, de l’Éducation, de la Santé, de la Culture, des Télécommunications, de la Recherche, de la Formation professionnelle, de la Protection sociale, ou encore du Numérique etc., soient pleinement engagés dans la lutte contre le changement climatique, au même titre que les ministères de l’Environnement.</p>



<p>Chaque ministère doit disposer de son propre agenda climatique, d’un budget spécifique, et de ressources humaines qualifiées, d’un dispositif de mise en œuvre et de suivi-évaluation et apprentissage dédiées à cet enjeu, coordonnés par une structure logée à la Primature ou à la Présidence de la République. Ce n’est qu’à cette condition que pourra émerger une action climatique collective, systémique et coordonnée.</p>



<p>Conclusion</p>



<p>Il est urgent de rompre avec la logique hiérarchique qui relègue les autres ministères au rang d’acteurs de seconde zone dans la lutte contre le changement climatique. Il faut instaurer une gouvernance climatique partagée où chaque secteur du développement humain se sentira autant responsable et impliqué que le ministère de l’Environnement.Ce changement de paradigme est une condition sine qua non pour voir se développer, dans chaque secteur, des politiques climatiques budgétisées, exécutées par des personnels compétents et ancrées dans les réalités opérationnelles de chaque domaine.</p>



<p></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Refonder notre système politique, c’est aussi refonder notre rapport aux écosystèmes</title>
		<link>http://farafinanews.com/refonder-notre-systeme-politique-cest-aussi-refonder-notre-rapport-aux-ecosystemes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Farafinanews]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 09 May 2025 16:28:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ubuntu]]></category>
		<category><![CDATA[Aliou Gori Diouf]]></category>
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					<description><![CDATA[Par Dr Aliou Gori DioufGéographeSpécialiste en environnement et changement climatiquealiou.diouf@gmail.com Le dialogue sur le système politique, c’est aussi une opportunité pour refonder le cadre régissant notre rapport aux écosystèmes. Alors que le Sénégal s’engage dans un Dialogue national sur la Refondation de son système politique, l’enjeu écologique reste curieusement marginalisé. Pourtant, il est urgent de [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong>Par Dr Aliou Gori Diouf<br>Géographe<br>Spécialiste en environnement et changement climatique<br>aliou.diouf@gmail.com</strong></p>



<p>Le dialogue sur le système politique, c’est aussi une opportunité pour refonder le cadre régissant notre rapport aux écosystèmes. Alors que le Sénégal s’engage dans un Dialogue national sur la Refondation de son système politique, l’enjeu écologique reste curieusement marginalisé. Pourtant, il est urgent de reconnaître que la refondation des institutions ne saurait être complète sans une refonte radicale de notre relation à la nature. Repenser nos structures de gouvernance implique de repenser aussi les institutions visibles et invisibles qui régissent le rapport de l’humain aux écosystèmes.</p>



<p>La Constitution reflète et perpétue malheureusement l’approche anthropocentree de la nature. Beaucoup d’entre nous se sont réjouis de voir l’environnement figurer dans notre Constitution, croyant y voir un progrès majeur. Mais ce droit constitutionnel se limite à garantir à l’humain un environnement sain, sans accorder de reconnaissance intrinsèque aux droits des écosystèmes eux-mêmes. Il ne s’agit pas de préserver la nature pour ce qu’elle est, mais pour ce qu’elle offre à l’homme. C’est là une vision profondément anthropocentrée, qui réduit la nature à une simple variable d’intérêt humain, sans reconnaissance de sa valeur propre, ni des devoirs éthiques de l’homme à son égard.</p>



<p>Des décideurs et des politiques qui incarnent une ambition minimaliste en matière de préservation des écosystèmes. Cette vision a irrigué nos politiques publiques et continue d’influencer les choix de nombreux décideurs, en produisant des ambitions environnementales minimales. Un exemple significatif en est le choix systématique en faveur de la réhabilitation au détriment de la restauration écologique. Ce choix, pourtant validé par la communauté internationale, révèle une absence flagrante de volonté de préserver la continuité des fonctions, processus, biens et services écologiques. La réhabilitation — entendue comme stabilisation physique et esthétique d’un site — n’offre aucune garantie de restauration de l’intégrité écologique.</p>



<p>Même lorsque les textes juridiques nationaux mentionnent la restauration comme option dans les démarches de réparation post-projet, la pratique administrative et politique l’écarte presque systématiquement. Les exemples abondent de ministres ou d’autorités administratives ignorant ou contournant les exigences fondamentales de la soutenabilité environnementale, au Sénégal comme dans bien d’autres pays africains. La réhabilitation est devenue la norme, simplement parce qu’elle est moins coûteuse, moins contraignante et plus rapide, alors même que l’impact écologique positif de la restauration est largement supérieur.</p>



<p>La crise de notre relation aux écosystèmes est aussi culturelle et religieuse/spirituelle. Mais cette crise du rapport à la nature n’est pas seulement politique ou juridique : elle est aussi éthique, culturelle et spirituelle. Dans nos sociétés traditionnelles, avant la rupture coloniale et missionnaire, les religions endogènes africaines consacraient un lien profond, sacré, entre l’humain et la nature. Les arbres, les eaux, les montagnes, les animaux faisaient l’objet de rituels, de tabous et de récits transmis de génération en génération, qui incarnaient un véritable respect cosmique du vivant.</p>



<p>Ce rapport révérencieux a été brisé, en grande partie, par une islamisation puis une christianisation qui, dans leur déploiement historique, ont souvent focalisé les prêches sur les seuls aspects cultuels, reléguant au second plan les dimensions écologiques et morales pourtant présentes dans les textes sacrés des deux religions. L’islam comme le christianisme contiennent des enseignements profonds sur la sacralité de la création, la fonction de khalifa (intendant de la terre), la miséricorde envers les créatures vivantes. Mais ces dimensions ont été marginalisées dans le discours religieux dominant.</p>



<p>Refonder notre relation aux systèmes écologiques passe par une école enracinée dans les valeurs et traditions sénégalaises positives , C’est pourquoi, si nous voulons véritablement transformer notre rapport à la nature, nous devons aussi refonder notre système éducatif. Car aucune transition écologique sérieuse ne pourra se faire sans une éducation repensée, qui reconnecte les individus à leur environnement, à leur territoire, à leurs responsabilités vis-à-vis du vivant.</p>



<p>L’école doit devenir un espace de réenracinement écologique et culturel. Elle doit valoriser les savoirs écologiques endogènes, intégrer dans ses programmes l’apprentissage des équilibres naturels, enseigner le respect du vivant comme principe moral, et susciter l’émerveillement devant la complexité du monde naturel. Il ne s’agit pas de rejeter les apports de la science moderne, mais de les articuler aux traditions locales, aux formes de connaissance et de sagesse longtemps marginalisées.</p>



<p>Former les citoyens de demain, c’est aussi former des êtres conscients de leur interdépendance avec la nature, capables de penser l’environnement non comme une ressource à exploiter, mais comme une communauté de vie à protéger. C’est là un enjeu de civilisation.<br>La Refondation du lien à la nature, dans les contextes de nos pays et sociétés, ne peut être une simple affaire d’ingénierie ou de financement. Elle exige une révolution culturelle. Cela suppose :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>d’inscrire les droits de la nature dans notre architecture juridique ;</li>



<li>de reconnaître la responsabilité éthique de l’homme vis-à-vis des autres formes de vie ;</li>



<li>de repenser les politiques environnementales à l’aune de la restauration écologique, et non de sa version affaiblie qu’est la réhabilitation ;</li>



<li>et surtout, de redonner à nos enfants les repères moraux, symboliques et culturels pour vivre en harmonie avec les écosystèmes qui les entourent.<br>En somme, refonder notre système politique, c’est refonder notre rapport à la nature. C’est rompre avec une modernité prédatrice, héritée de la colonisation et du mimétisme institutionnel, et renouer avec une intelligence ancestrale du vivant, éclairée par les sciences, soutenue par l’éthique religieuse, et incarnée dans des politiques publiques audacieuses.<br>Ce n’est qu’à ce prix que la soutenabilité deviendra une réalité, et non un slogan.</li>



<li></li>
</ul>



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<p></p>
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